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la lettre du Pays-Basque

Tradition

Les Errazuriz, entre Navarre et Chili

Le président Federico Errazuriz et le cardinal François-Xavier Errazuriz © DR

« Il y a au moins deux chose qu’on peut attribuer au génie basque », affirmait l’écrivain Unamuno : « la Compagnie de Jésus et la République du Chili » ! De fait, les estimations concernant les Chiliens qui portent un nom d’origine basque oscillent entre 1.600.000 et 3.200.000, soit 10 à 20% de la population. Parmi cette communauté, la famille Errazuriz a joué un rôle prépondérant dans l’histoire du pays andin. Elle a donné quatre chefs d’Etat, deux archevêques de Santiago et d’innombrables diplomates, écrivains et industriels. D’elle provient l’archevêque émérite de Santiago et cardinal François-Xavier Errazuriz, qui participa à l’élection du pape François au conclave de 2013 et au groupe de neuf prélats chargés de réformer la Curie romaine. Il s’était trouvé « sous les feux de l’actualité » lorsqu’il y a huit ans, le 5 août 2010, peu avant 14 h, un éboulement, survenu dans la mine de cuivre et d'or de San José à Copiapo au nord du Chili avait isolé à 700 m de profondeur 33 mineurs, cependant restés en vie par miracle. Près de160 parents et proches campaient alors nuit et jour au pied de la mine où les sauveteurs, malgré un nouvel éboulement, parvenaient à établir le contact avec les victimes et leur faire parvenir alimentation et témoignages de soutien. Des drapeaux, 32 chiliens et un bolivien - pour rappeler les nationalités des mineurs -, étaient plantés dans le flanc de la montagne. Des pancartes, des panneaux fleurissaient. « Courage, mineurs ! » et « La foi déplace les montagnes ! ». Le Chili tout entier suivait désormais ce calvaire devenu une véritable épopée, à quelques jours de leur libération programmée vers le 18 octobre. Parmi ceux qui « accompagnaient » les mineurs depuis la première heure, le cardinal François-Xavier Errazuriz Ossa, archevêque de Santiago et président du Conseil Episcopal latino-américain, dont le nom avait été cité lors de l’élection papale qui avait vu l’accession de Benoît XVI. Âgé à l’époque de 77 ans, ce prélat dont la famille est originaire d’Arizkun dans la vallée navarraise de Baztan, se battait encore sur tous les fronts, bien qu’à la veille d’une retraite méritée : sur place dès que survint la catastrophe, l’archevêque put s’entretenir plus tard au téléphone avec les mineurs bloqués sous terre afin de leur redonner du courage, et leur fit transmettre 33 chapelets bénis par le pape Benoît XVI. Non sans s’indigner « qu’une mine ne comporte pas de sorties de secours autorisées ». Mgr Errazuriz avait également célébré une messe aux abords de la mine pour entretenir l’espoir des familles et lors de la traditionnelle procession de la « Virgen del Carmen », une des manifestations religieuses les plus anciennes du pays dont les origines remontent au XVIIe siècle, plus de trente mille personnes avaient prié dans les rues de Santiago du Chili.

Or, voilà plus d’un demi-siècle que ce basque-chilien a donné sa vie à l’église après un diplôme de mathématicien suivi d’études de philosophie et de théologie à l’Université de Fribourg en Suisse. Parvenu à la dignité épiscopale, Jean-Paul II le nomma en 1996 archevêque de Valparaiso, puis de Santiago deux ans plus tard, avant de présider pendant six ans la conférence des évêques chiliens et d’être créé cardinal en 2001.

Entre autres, le prélat avait manifesté sa sollicitude aux grévistes de la faim de la communauté indienne Mapuche (en quête de récupérer ses terres ancestrales), rejoignant le président basque Ibarretxe qui lors de sa visite aux Basques du Chili en 2002, avait soutenu un projet des frères des écoles catholiques en faveur des Indiens Mapuche après avoir assisté à une messe devant un rejeton du chêne de Guernica planté en 1934 !

Parmi les autres membres de la famille Errazuriz qui ont marqué l’histoire du Chili, citons Federico Errazuriz Zañartu, président du Chili de 1871 à 1876, un libéral plutôt défavorable à l’Eglise et, comme beaucoup de ses condisciples politiques, également peu enclin à respecter les droits des Indiens. Son décret de 1875 privait de fait la communauté Mapuche de ses terres ancestrales en autorisant leur vente aux colons. On cite encore parmi les Errazuriz un champion de ski dans les années d’après-guerre, et même un jeune acteur de séries télévisées populaires, Cristobal Errazuriz qui fit des études de théâtre en France.

Sans oublier les célèbres vignobles du même nom plantés en 1870 par Maximiano Errazuriz dans une zone de tourbières de la vallée de l’Aconcagua, à 100 km au nord de Santiago, grâce à des cépages rapportés de France.

Leur ancêtre commun est Pedro de Errazuriz, originaire d’Arizkun (Baztan) où existe encore la maison « Errazuriz » (actuellement propriété de la famille Salaburu Etxeberria, sans lien avec les Errazuriz), que le roi Alphonse IX éleva au XIIIe siècle à la dignité de « ricohombre ». Les Errazuriz passèrent ensuite dans la région voisine de Cinco-Villas (Bortziriak) d’où un descendant, Francisco Javier de Errazuriz y Larrain, né à Arantza en 1711, passa au Chili en 1735 et devint même alcalde de Santiago. De son fils, également prénommé François-Xavier et maire de Santiago en 1780, descend l’actuel cardinal…

Alexandre de La Cerda

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