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la lettre du Pays-Basque

Exposition

Les échanges entre l'art antique et l'art chrétien

Le Bon Pasteur (première moitié du IVème siècle, Musée Chrétien, Vatican). © DR

1 – Au royaume des images sacrées.

Dans l’Antiquité romaine, les images de divinités sont pléthoriques. De l’agora, aux portes des cités, des fontaines et des jardins publics aux domiciles des habitants, les représentations des dieux habitent l’espace public des cités. Dans un tel environnement déjà surpeuplé d’images, les chrétiens et l’expression chrétienne de « la nouvelle religion en cours » vont épouser des pratiques anciennes et, de toute évidence, apporter une touche spécifique inspirée par la singularité de son origine biblique.

Si les portraits d’empereurs divinisés, de dieux multiples, en provenance de toutes les régions de l’Empire, des fresques illustrées de la mythologie antique, les mosaïques, des tableaux et bas-reliefs gravés dans la pierre demeurent le langage artistique de cette époque, quelle fut l’inspiration particulière des artistes chrétiens ?

On sait que l’auteur du Livre tenait en répulsion toute idolâtrie de l’Eternel représenté en images. Une doctrine semblable fut maintenue et transmise à son tour par les premiers penseurs du christianisme, en cela plus proches de leur source juive que de l’art coutumier des Grecs et des latins. Les artistes chrétiens semblent avoir cependant accordé un intérêt évident aux anciennes représentations iconographiques des dieux et des auteurs spirituels de leur temps.

« L’interprétation chrétienne » aura de ce fait adopté le langage imagé de l’époque pour illustrer l’aréopage des apôtres, des personnages mentionnés dans les évangiles, de Marie et de Jésus, tous inspirés des représentations communes des citoyens romains dans cet environnement.

Sont-ce des images païennes ou chrétiennes ?

Poser la question en ces termes laisserait croire que l’art chrétien serait une invention ajoutée à la création des esthètes du présent. Des portraits figurés du temps prouvent bien le contraire.

Le visage blond à la chevelure longue et bouclée de Jésus ressemble à celui de Jupiter, soldat romain dont on ne saura plus distinguer s’il s’agit de celui de la divinité païenne ou du Sauveur des chrétiens, tant leur faciès et les traits sont identiques.

Les artistes chrétiens, dès le IVème siècle, représenteront Jésus barbu à la différence du jeune éphèbe posé sur la mosaïque vaticane dans des créations plus primitives de l’art chrétien.

Le jeune homme poilu répond aux codes de l’esthétique de la jeunesse codifiée sur ce modèle de perfection du Christ bien pourvu et chevelu en gloire et en majesté. Dans cette expression, le Christ est tout puissant comme l’image parfaite de son Père glorieux et divin, comparable ainsi à sa filiation. Les historiens de l’art ne montraient-ils pas le Zeus grec ou le Jupiter des latins comme un dieu barbu bien couvert et en gloire d’excellence ?

Les historiens de l’Art hésitent parfois à décider de certaines images dans l’ambiguïté même de leur provenance. Comme celle sculptée du Christ pour les uns, de Zeus pour les autres, au Metropolitan Museum de New York. Tous deux attirent l’adhésion des contempteurs de son expression humano-divine. Une énigme sans réponse pour les plus laïcs des esthètes, et les plus religieux des interprètes !

2 - Apollon ou le Christ, Lumière du monde

Le IIIème siècle représentera le Christ en soleil invaincu issu d’une divinité solaire d’origine syrienne. L’empereur Aurélien est séduit et en fait le principal Dieu de l’Empire, fêté le 25 décembre dans son temple romain, le jour même de sa naissance.

La mosaïque d’époque illustrant le tombeau d’un enfant nous renseigne sur la symbolique attachée au jeune homme au nimbe radié qui conduit à travers le firmament son char tiré par quatre chevaux. Que dire de plus sinon l’usage du soleil invaincu assimilé à celle d’Apollon -Hélios dieu soleil levant de la plus ancienne tradition orientale.

L’interprétation est-elle acquise pour tous ? Les avis divergeront. Mais les symboles anciens de l’imaginaire des auteurs perdurent. Christ en soleil assuré des attributs solaires incarnant la lumière du monde, dans un décor de vigne où Bacchus dieu du vin est aussi celui du christ embrassant sa mission, “moi je suis la vraie vigne et mon père est le vigneron” illustreront cette tombe de l’antiquité latine. Jean 15, 1-8.

3 – Isis et Harpocrate ou la Vierge et l’Enfant.

Un autre exemple est encore bien patent. La fresque découverte chez un particulier du IVème siècle à Fayoum, qui montre la richesse spirituelle de son auteur : image étonnante d’Isis rayonnante dans son temps comme la mère allaitant son enfant Harpocrate.

Les doctes savants de l’histoire ecclésiastique soulignent que le culte à la Mère de Jésus et à l’Enfant serait postérieur au Concile d’Ephèse de 431 mais rien de si sûr pour les artistes et les historiens de l’Art. Les pratiques des fidèles ont bien souvent tracé des voies intérieures reconnues dans le temps mais d’un sillage antérieur pour le cas du culte à Marie, sans doute initié dès le premier siècle comme une déesse image d’Isis pour l’Antiquité, mère allaitant son enfant.

4 - Le Bon berger ou pasteur de ses brebis.

Le berger grec traverse le cours des illustrations du passé. Les murs des catacombes romaines portent cette empreinte antérieure au christianisme mais bien adoptée par les chrétiens eux-mêmes pour leur usage. La statuette du berger portant sa brebis sur ses épaules datée des V-IVème siècle avant JC ne peut avoir une origine chrétienne, mais qu’importe, elle aura nourri le récit évangélique et l’histoire du christianisme avec la saveur paysanne provenant de l’Orient des transhumances. Car, c’est dès le VIIème siècle avant JC. que la statuaire grecque avait adopté cette figure du « Bon Berger » si souvent attachée à celle du Christ dans l’Eglise. L’art et la foi conjuguent dès lors une harmonie spirituelle de capillarité, d’influence et de fécondité. De l’un à l’autre, quoi de plus légitime que de les associer dans le cours de l’histoire du christianisme.

Renoncer à le faire serait injuste. Le professer sans raison, un travers de l’esprit.

La richesse de cette rencontre a donné des œuvres artistiques géniales et immortelles. Les païens furent des maîtres, les chrétiens des admirateurs sans s’en douter. Leur rencontre aura façonné notre civilisation d’esthètes et les croyances millénaires autour du Jésus des évangiles.

François-Xavier Esponde

 

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