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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Le roi saint Louis et la Navarre

Hôpital de Mauléon : vitrail de la chapelle « saint Louis rendant la justice » © Alexandre de La Cerda

Les éphémérides nous rappellent la disparition de saint Louis IX le 25 août 1270 à Carthage, près de Tunis, lors de la huitième croisade. De son long règne (plus de 43 ans, de 1226 jusqu'à sa mort), nous retiendrons en particulier la sagesse dont il fit preuve avec ses voisins : on est assez porté à croire que, si Louis IX avait voulu, il aurait pu profiter des embarras pour s'agrandir à leurs dépens : comme on l'a vu, la France royale tenait alors le premier rang en Europe ; le roi de France, dit l'anglais Mathieu de Paris, est le roi des rois (rex Francorum, qui terrestrium rex regum est). Or, sa politique extérieure n'avait qu'un but : la réconciliation de tous les chrétiens en vue d'une croisade unanime. Par exemple, il ne profita guère des droits que Louis IX tenait de Blanche, sa mère, sur la Castille. Il fut sage en entretenant avec son cousin Alfonse X, prince paisible, des relations amicales. Quand la mort prématurée de son fils Louis, fiancé en 1255 à Bérengère de Castille, eut rompu un premier projet d'alliance entre les deux maisons, Blanche de France, sa fille, épousa un frère de Bérengère, Fernand, dit de La Cerda.

Et, parmi les différends dont il eut à connaître à son retour de Terre Sainte, il y avait déjà cette succession du royaume de Navarre, si disputée au cours des siècles. Thibaut IV, comte de Champagne et roi de Navarre, qui mourut en juillet 1253, avait laissé plusieurs enfants de ses deux derniers mariages. Blanche, sa fille par Agnès de Beaujeu, sa seconde femme, avait épousé le comte de Bretagne. De Marguerite de Bourbon, sa troisième femme, il avait eu trois fils et deux filles ; l'aîné de ces enfants, Thibaut V, se voyait contester ses droits par son beau-frère de Bretagne, mari de sa demi-sœur. « Le roi de Navarre », dit Joinville, « vint au parlement avec son conseil, et le comte de Bretagne aussi. À ce parlement, le roi Thibaut demanda madame Isabelle, la fille du roi de France, pour en faire son épouse.  Allez, lui dit le roi, faites votre paix avec le comte de Bretagne, et puis nous ferons notre mariage. Et il ajouta qu'il ne voulait pas qu'on dise qu'il mariait ses enfants en déshéritant ses barons. Je rapportai ces paroles à la reine Marguerite (de Navarre) et à son fils, et ils se hâtèrent de faire la paix. Après quoi le roi de France donna sa fille au roi Thibaut de Navarre »…

Des relations orageuses

Cette réconciliation venait après des relations fort orageuses entre le beau-père de Saint-Louis et les parents de Saint-Louis, car le roi de Navarre Thibaut IV avait défendu les intérêts de son cousin Raymond VII de Toulouse lors de la guerre contre les Albigeois.  Attitude qui lui vaudra d'ailleurs de se voir refuser l'accès de Reims et sa place au sacre de Louis IX le 29 novembre 1226. Or, Thibaud de Navarre considéra comme une déclaration de guerre son éviction du sacre de Louis IX. Avec son ami le comte Henri de Bar, il rejoignit les rangs d'une coalition de mécontents dirigée par Henri III d'Angleterre contre Blanche de Castille, avant de se rallier au camp des Capétiens en 1227.

A la mort de son oncle maternel Sanche VII le Fort (7 avril 1234), Thibaud lui succède comme roi de Navarre et va se faire couronner à Pampelune. Tandis qu'il séjourne Outre-Pyrénées, ses représentants négocient avec Alix de Chypre, seconde fille du comte Henri II, le rachat de ses prétendus droits sur la Champagne. Pour la désintéresser en espèces, ils vendent à Louis IX la mouvance des comtés de Blois, Chartres, Sancerre et Châteaudun. La transaction est une aubaine pour la royauté puisqu'elle lui permet de résoudre le problème de ses communications entre le Val de Loire et la Bourgogne, qui s'effectuaient nécessairement jusque-là à travers le territoire comtal. Furieux d'avoir été joué par le roi de France durant son absence, Thibaud se rapproche de Pierre Mauclerc. Effaçant l'affront infligé à la famille de Bretagne quelques années plus tôt, le mariage de Blanche de Champagne, fille de Thibaud IV, avec Jean, fils du duc de Bretagne, est célébré à Château-Thierry le 15 août 1235. Affirmant que le roi de Navarre n'a pas respecté son devoir de fidélité en mariant sa fille sans l'autorisation de son suzerain, Louis IX rassemble l'ost en juin 1236. L'intervention du pape Grégoire IX auprès de saint Louis cumulée à celle de Blanche de Castille permettra la réconciliation de Vincennes entre Thibaut IV de Navarre et Louis IX de France.

Plus tard, si Thibaud IV assiste le roi de France contre les Anglais aux batailles de Taillebourg et de Saintes (21 et 22 juillet 1242), il se contentera ensuite de gouverner ses états, tantôt en Champagne, tantôt en Navarre, et de tenir une cour brillante en mécène éclairé qui, comme naguère sa grand-mère Marie de France, accueille de nombreux trouvères.

En 1232, un an après la mort d'Agnès de Beaujeu, Thibaud IV s'était remarié avec Marguerite de Bourbon, fille du connétable de Champagne. De cette union était née Thibaud V qui succède à son père lorsque celui-ci s'éteint à Pampelune le 14 juillet 1253.

Le roi de Navarre fut inhumé dans la cathédrale de Pampelune, dans un caveau de la chapelle Santa Isabel où son fils lui fera construire un superbe tombeau, décoré par Jean de Chalat, émailleur de Limoges. Il n'en reste aujourd'hui qu'une dalle commémorative.

La huitième croisade

La croisade de Terre Sainte était l'idée fixe de Louis IX : Un jour, il convoqua, sans dire pourquoi, les prélats et les barons du royaume à Paris, pour le jeudi de la mi-carême, 24 mars 1267. Leur distribuant ensuite les croix symboliques, son exemple entraîna, entre autres, son gendre, Thibaut V, roi de Navarre. Le sire de Joinville fut de ceux qui résistèrent à toutes les sollicitations : « Je fus fort pressé, dit-il, par le roi de France et par le roi de Navarre de me croiser ».

Jamais Louis IX ne déploya plus d'activité qu'au cours des trois années où il prépara sa dernière expédition. Tandis qu'on levait simultanément des contributions sur les clercs et sur les laïques, il négocia, pour le transport, avec Venise et avec Gènes. Non content de communiquer, de gré ou de force, son enthousiasme à son entourage et de faire des recrues parmi ses vassaux, il s'évertua à réunir autour de lui les étrangers dont il était l'arbitre : il fit renouveler les trêves entre l'Angleterre et la Navarre ; il obtint des rois de Portugal et d'Aragon et du prince Edmond d'Angleterre des promesses de coopération ;

Ainsi, en 1269, Thibaud et Isabelle décident de suivre saint Louis en croisade. Avant son départ pour Tunis, le roi de France rédige de sa propre main ses Enseignements à ses enfants Philippe et Isabelle, série de conseils politiques et moraux, de réflexions du roi sur la Bible et les écrits des Pères de l'Eglise. Ayant rejoint son beau-père à Aigues-Mortes, Thibaud s'embarque avec l'armée royale le 1er juillet 1270. Durant le siège de Tunis, l'armée est décimée par le choléra, maladie qui n'épargne pas saint Louis qui succombe le 25 août.

 Le roi et la reine de Navarre survivront peu de temps à saint Louis. Thibaud V décède à Trapani, en Sicile, le 4 décembre 1270 tandis qu'Isabelle meurt sur les îles d'Hyères le 23 avril 1271. D'après Guillaume de Nangis, les corps du roi et de la reine de Navarre rejoignirent le cortège funéraire de saint Louis. Et l'on a conservé «  la lettre que le roi Thiebaut de Navarre envoia à l'evesque de Thunes ». Elle commence ainsi : « Thibaut, par la grâce de Dieu, roi de Navarre, de Champagne et de Brie, comte palatin. Sire , je receve vostre lettre en laquelle vous me priez que nous vous feissons asavoir lestât de mon cher seigneur Louys, jadis rois de France. sa bouche ne cessa de jour et de nuit, par toutes parties, l'espace de quinze eures, de louer Nostre Seigneur et de prier pour le peuple qu'il avoit mené. Et la ou il avoit déja perdu une partie de la parole, crioit-il aucune foiz en haut: Fac nos, Domine, prospéra mundi despicere et nulla ejus adversa formidare. Et moult de foiz crioit-il en haut : « Esto , Domine, plebi tue sanctificator et custos ». Apres l'eure de tierce il perdit ausi comme du tout la parole, mes il regardoit les gens moult debonerement et sourioit aucune foiz. Et entre eure de tierce et de midi fist ausi cum semblant de dormir, et fu bien les eauz clos l'espace de demi liu. Après il ovri les euz et regarda contre le ciel et dist cest vers : Introïbo in domum tuam, adorabo ad templům sanctum tuum. Onque puis il ne parla, et entour eure de none il trespassa ».

 

Commentaires

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  1. A.D. Laurent MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS
    le 30/08/19 à 10h17

    Bons rappels, précis. Je remarque cependant que le constat final de sa fin passe par une difficulté grandissante à s'exprimer qui semble bien confirmer la cause de la mort : le scorbut, et non pas le choléra ? C'est du scorbut que tout le monde parle en ces jours de commémoration avec d'ailleurs une résurgence en 2019 ? Quid ?


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