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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Le mois de mai dans la spiritualité et la culture européennes

La procession des Rogations chez les soeurs du couvent Notre-Dame du Refuge à Anglet © DR

Certains partis politiques – qu’ils soient « insoumis » ou pas – ont vraiment du mal avec les racines chrétiennes, et je dirais même simplement « civilisationnelles », non seulement de la France, mais également de l’Europe dans son entier. Ainsi, à l’occasion du Jeudi de l’Ascension, un certain « politologue insoumis » – dont je tairai le nom par charité (chrétienne, « horresco referens » !) - et responsable de « l’école » de son parti, trouve « incongru » que l’Ascension constitue un jour férié « dans une République laïque » qui applique la « séparation des églises et de l'Etat »… Et, plutôt que de célébrer « la montée au ciel de Jésus ressuscité », il propose de « fériériser » à la place l'abolition de l'esclavage célébrée le 27 avril (dans les colonies françaises, sous l'impulsion de Victor Schœlcher). En fait, au risque de nous répéter (notre « Lettre » du 27 avril dernier), rappelons que c’est dès le 3 juillet 1315 que l’édit de notre Roi de Navarre (devenu roi de France) Louis le Hutin avait affranchi les serfs du domaine royal. Cet édit rappelait que selon le droit naturel, chacun naissait franc, donc libre en langage actuel. Officiellement, depuis cette date, le sol de France affranchissait l'esclave qui le touchait. Louis X le Hutin consacrait ainsi en l’amplifiant ce vaste mouvement de libération commencé par l’abbé Suger, sans doute lui-même fils de serf (paysans attachés à une terre) devenu ministre des rois de France Louis VI et Louis VII au XIème siècle : « Toute créature humaine doit généralement être franche par droit naturel. Le Roi condamne avec énergie le joug et la servitude qui est tant haineuse et fait qu'en leur vivant, les hommes sont réputés comme morts et, à la fin de leur douloureuse et chétive vie, ils ne peuvent disposer ni ordonner des biens que Dieu leurs a prêtés en ce siècle ». L’occasion précisément pour François-Xavier Esponde de rappeler certaines de ces racines chrétiennes et « civilisationnelles » en lien avec le mois de mai. Envers et contre toute « déconstruction du mythe d’une culture européenne » comme préconisé récemment lors des « Journées européennes » d’Anglet par le professeur Guy Saez de l’IEP de Grenoble.

ALC

1 – Mois de Mai

C’est sans doute le mois le plus étonnant du calendrier par la nature de ses fêtes et l’histoire continue de ces épisodes mémoriels de l’humanité. Du 1er mai, fête ancienne de saint Joseph devenu au fil du temps saint patron de l’Eglise et celui des travailleurs pères de famille. Récemment, son nom avait été retenu dans le canon de la messe à la demande du pape Jean XXIII. L’université de Paris représentée par les ordres mendiants et les congrégations religieuses va donner à Joseph une mission exceptionnelle dans la spiritualité chrétienne, qui sera « ajouté » au-delà des quatre premiers siècles de l’église au paysage des saints et des protecteurs de la foi après avoir été oublié par les Pères de l’Eglise pour qui son rôle et sa fonction seront jugés moindres dans la transmission de la Foi, laissant à Jésus et à sa Mère une place plus honorable et reconnue des écritures chrétiennes.

Mai dans la tradition romaine est un mois singulier parmi les 45 jours de fêtes religieuses du calendrier et les 175 autres jours de jeux et de célébrations comme racontés par les Fastes d’Ovide au tout début sans doute en l’an 1 de notre ère. De la fin avril au 3 mai, on célébrait dans l’Empire romain les Floralia ou la régénérescence de la nature dans la plus pure et ancienne dévotion à la déesse mère de la terre. Le printemps portant ses fruits et ses couleurs de saison, Rome s’habillait de fleurs dans ses monuments, ses sanctuaires et ses statuaires.

Empereurs, chefs d’armées, sanctuaires, sources et autres sites mémorables de l’histoire impériale se couvraient de fleurs portées à main de femmes. Ces cultes leur furent réservés, car selon les usages de mai, les courtisanes de la société romaine se livraient ces libations aux libertinages multiples et à des cultes particuliers dont on devine la nature !

Du 9 au14 mai on célébrait les lémures ou âmes des défunts pour mieux s’en préserver, ou parfois réclamer leur vertu, car dans ces sociétés archaïques, les actions malfaisantes de ces revenants pouvaient être fatales à tout un chacun s’il ne se livrait aux sacrifices demandés en ces jours d’obligation de mai.

Puis venait, du 14 au 15 mai suivant, le jour des argei, une autre fête archaïque de protection contre les mauvais génies.

Il se disait que les sexagénaires étaient sacrifiés à ces dieux malfaisants dans des temps primitifs où la civilisation romaine faisait peu cas de la vie des humains, s’agissant surtout des esclaves jugés comme bêtes de somme, et parfois sans même cette utilité !

2 – Les Rogations à la veille de l’Ascension

Dénommées « litanies mineures », les Rogations se déroulaient pendant les trois jours précédant la fête de l’Ascension ; elles furent instituées en Gaule dès 474 par saint Mamert. Une façon sans doute de supplanter les robigalia ou rituels contre la propagation de la rouille sur les vignes, selon des sources citées d’un sermon donné par saint Avit succédant à Saint Mamert.

La religion de la terre - craignant le pouvoir des forces invisibles sur les prés, les champs et la vigne - introduisait ces rituels chrétiens dans des régions où se perpétuaient des cultes agraires de la nature. Arborant processions et dragons, masques et apparats, les marches des fidèles arpentant les prairies et les terres de culture se répandirent dans les campagnes et furent populaires et très suivies. Les reposoirs, les guirlandes de fleurs et les croix décorées venant ajouter leur décorum à ces pratiques furent agréées par les conciles d’Orléans en 511 puis par ceux de Lyon et de Tours.

A partir du VIIème jusqu’au XXème siècle, ces pratiquent se répandirent en tout l’Occident.

Enfant dans la campagne basque, nous participions à ces processions joyeuses – pour ce qui me concerne, dans les quartiers de Mendionde où la vénérée croix du chemin des Rogations bénéficiait pour l’Ascension d’un lessivage et d’une attention particulière !

Prières contre la grêle, les intempéries et les menaces aux récoltes faisaient l’objet d’invocations et de bénédictions de la part du curé du village qui partageait avec ses laboureurs les raisons de leur culte.

Le mois de mai, appelé mois de Marie sous l’impulsion des Jésuites et de Philippe Néri, connaîtra ainsi ses expressions multiples au fil du temps ; des cultes de la fécondité primitive à celui de la mère et de la protectrice de toute vie dans cette évolution de la figure mariale proche du quotidien de chacun...

François-Xavier Esponde

 

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