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Le mécénat à Espelette
Le mécénat à Espelette
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| François-Xavier Esponde 868 mots

Le mécénat à Espelette

1 – Ezpeleta en son histoire

De la restauration à la création, le pas est franchi à Espelette, en l’église Saint-Etienne, par la signature de Léa Scham’s, titulaire du prix Pèlerin de la Création contemporaine remis par les Chantiers du Cardinal à Paris...

Le Chemin de Croix fixé sur les murs de l’église de la cité labourdine est original, lumineux, d’un rouge saisissant qui court le long du chemin et trouve son éclat avec le dernier tableau de la Résurrection inauguré ce dimanche 24 septembre par le curé Joachim Jaurégui, ses proches et les autorités municipales.

L’église d’Espelette est mentionnée, tout comme le château, dans les archives anciennes de Pampelune/Iruña, en tant que défense avancée du Royaume de Navarre dont les fondations sont bien là, prégnantes et résistant à l’usage du temps.

Selon le livret de l’exposition, Espelette fut citée dès 1593 dans un Arrêt du Parlement de Bordeaux, puis par l’aménagement, au long de plusieurs siècles, de l’espace religieux, de son clocher porche ainsi que des retables et de tribunes.

Le premier Christ en croix en bois sculpté du XVIIème siècle rappelle les missions prêchées par les prêtres du séminaire de Larressore et le souvenir du père Daguerre, fondateur du séminaire, d’illustre mémoire pour le diocèse de Bayonne.

Vinrent la pose de la chaire à la fin du XVIIIème siècle, la décoration de la voûte et de la nef, par des dons privés, de la pose des deux cloches, et du tableau de saint Jérôme par la famille d’Ezpeleta, oeuvre intitulée « Saint Jérôme entend les trompettes du jugement dernier ».

Il y eut encore le don effectué à la paroisse par le chanoine Jean-Baptiste Daranatz du tableau enchanteur de saint Ignace de Loiola et de son compagnon Xavier pendant leurs études parisiennes, remis au XXème siècle.

Le 19 mai 1925, l’église est inscrite à l’Inventaire des monuments historiques. Suivra la mise en place du tableau de Joseph Laulié « L’adoration des bergers à Bethléem », et au fil de restauration successives, la remise en état de l’édifice, de ses statues, chapelles, retables, lutrin et chandeliers.

Vient désormais le temps du mécénat avec les 14 stations du chemin de croix réalisées pendant quatre ans par l’artiste Lea Scham’s et le classement en 2015 de l’église comme monument historique.

Le cardinal Roger Etchegaray, baptisé et ordonné prêtre en ce lieu par Mgr Saint Pierre (en 1947), a offert pour le 70ème anniversaire de son ordination un tableau du XVIème siècle de sa collection personnelle, une icône de l’école crétoise représentant la Nativité du Christ. Et la pose du travail de Léa Scham’s réalisé en émail constituait une nouvelle étape dans l’habillage artistique de l’église.

2 - Le chemin de croix, chemin de foi

Le chemin de croix comprend quatorze stations fixées sur bloc de bois d’une plaque émaillée rouge recouverte de feuilles d’or encadrant une deuxième plaque émaillée, encastrée en retrait du centre du bloc de bois, avec pour chaque station deux citations bibliques en basque et en français, précédées par le titre en latin gravé sur l’encadrement.

L’iconographie basque y est ponctuée de symboles appropriés qui empruntent à la mémoire et aux écritures stylisées locales, plus personnelles.

Dans la réalisation de ces tableaux sur des couleurs or, blanc, bleu ciel, vert et rouge, le vermillon domine sans doute par un rappel du Martyre de saint Etienne, patron de l’église, de la présence du Cardinal Roger Etchegaray, fils de la commune, et de bien d’autres signes du rouge, couleur dominante dans la ville. La quinzième œuvre, celle de la Résurrection, saisit l’attention, le rouge est partout en chaque lobe, et le noyau figurant le Ressuscité est libellé : « kristo piztu da alleluia », comme en écho au noyau de la terre, feu ardent qui ne s’éteint pas, noyau de l’univers stellaire et cosmique, que n’altère la lumière solaire, feu intérieur en chaque vie qui transcende nos facultés et notre esprit... Une clef de lecture pour saisir les rayons éblouissants du Ressuscité et les couleurs indélébiles de la vie qui attirent le regard du passant empruntant le cours de ce chemin de foi !

Le cadre enchanteur de l’espace enrichi par le travail de l’émail (*) ajoute aux matériaux traditionnels cette signature singulière indélébile et résistant à l’usure du temps. Les visiteurs apprécieront, en sus de l’enceinte elle-même de l’église Saint-Etienne, les aménagements du cimetière alentour qui épousent l’unité de l’espace sacré et de la mémoire du passé et du temps à venir de cette église labourdine référencée, et de rare beauté pour les curieux et les amoureux de l’art et de la création esthétique en terre basque !

François-Xavier Esponde

 

(*) « L’émail est un cristal particulier que le feu révèle et que la lumière transcende, il est un matériau de prédilection pour servir le sacré... Le rouge, couleur de la Vie, de la Passion, couleur puissante, triomphante terrestre et céleste, porte en elle une maturité féconde, une détermination sans faille, elle s’est donc imposée pour soutenir cette passion du Christ qui nous invite à dépasser nos limites et à embrasser le Mystère...à ouvrir nos cœurs à la Grandeur, à oser l’impensé, après la mort il y a encore la Vie ! ». Lea Scham’s

 

 

VISUEL / Alexandre Aguerre

 

Lea Scham’s à l’inauguration de son oeuvre

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