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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Le descendant d’Henri III de Navarre et les leçons de l’Histoire

Le Cte et la Ctesse de Paris à Urtubie et à l’évêché de Bayonne © DR

Cette année-là, parmi les quelques trois-cents invités qui se pressaient à la soirée que l’hebdomadaire régional basque avait coutume d’organiser au Trinquet de Paris à l’intention de ses lecteurs et abonnés d’Île-de-France, la présence du Chef de la Maison de France – et de Navarre – accompagné de la Comtesse de Paris n’était pas passée inaperçue.

De son adolescence à Pampelune et au collège de Lecaroz – là-même où, une décennie plus tôt, le Père Donostia recevait Ravel – jusqu’à son mariage religieux à Arcangues, les occasions n’avaient certes pas manqué au Comte de Paris d’affermir ses liens familiaux avec la Navarre et le Pays Basque. Je me souviens en particulier d’un des déjeuners à la maison où j’avais, comme pendant plusieurs étés de suite, réuni une douzaine d’amis autour du Comte de Paris : il s’agissait, le 16 juillet 2012, de commémorer plusieurs centenaires dans notre histoire. Et, au fil de cette destinée mouvementée, les dynasties qui avaient régné sur la Navarre – « Nafarroa, Euskadi lehena », comme la chantait Michel Labéguerie – s’étaient incarnées dans ces événements déterminants.

Trois siècles après que, le 16 juillet 1212, à Las Navas de Tolosa,  loin des terres basques, le roi de Navarre Sanche VII «  le Fort  » et ses chevaliers eurent pris une part déterminante dans la victoire des troupes chrétiennes coalisées sur celles du calife almohade Muhammad an-Nasîr  - bataille décisive à plus d’un titre pour l’avenir de la Navarre et de toute la Chrétienté - l’invasion espagnole de 1512 ne laissait à la dynastie légitime des Albret que le petit appendice bas-navarrais d’« ultra-puertos  ». L’ancêtre de notre hôte, Henri III d’Albret et de Bourbon, roi de Navarre, en hérita avant de monter sur le trône de France comme Henri le quatrième… 

Dans l'avant-propos de son essai historique «  Henri IV en Gascogne  » paru en 1885, Charles de Batz remarquait : « Quelque digne de l'admiration universelle que soit l’œuvre d’Henri IV depuis 1589 jusqu'à sa mort, il n'en est presque rien de grand, presque rien d'heureux pour la France, que le roi de Navarre n'eût déjà manifestement voulu, projeté et entrepris. Avant de succéder à Henri III (de France, ndlr.), il avait donné la mesure de son génie et laissé lire jusqu'au fond de son cœur. Capitaine, il portait en lui les secrets de la victoire, depuis Cahors et Coutras ; politique, il arrivait au trône avec la connaissance approfondie des hommes, des idées et des besoins de son temps ; pasteur de peuples, il avait fait entendre, le premier, au milieu des guerres civiles, ces mots sacrés de paix, de tolérance, de pitié, oubliés dans la fièvre des compétitions et la barbarie des luttes  ». Il saura « assainir », à la mort de sa mère Jeanne d’Albret qui avait embrassé ostensiblement la religion réformée en tentant de l’imposer de force à ses sujets, la situation religieuse en Basse-Navarre et en Soule livrées aux guerres de religion. Henri de Navarre était « Henri IV » avant que le flot des événements l'eût transporté de Gascogne (et de Navarre) en France, comme on disait au XVIe siècle. « Quand il y fut, l'homme et l’œuvre s'accomplirent ».

Après l’assassinat d'Henri IV  par Ravaillac auquel Jean-François Bège avait alors consacré un ouvrage passionnant aux Editions Sud-Ouest, un véritable « roman d’amour et une légende » lièrent le souvenir du souverain à ses sujets qui « s’étaient rendus compte de ce qu’ils avaient perdu, soit vingt années de paix et de prospérité retrouvée »

Entre le roi et les « peuples de France »

Jean-François Bège était donc particulièrement heureux de retrouver à la soirée de l’hebdomadaire régional basque le descendant direct du roi de Navarre, d’autant plus que son livre lui avait valu le Prix littéraire des Trois Couronnes  dont le nom évoque la montagne qui se découpe sur nos horizons et servit en quelque sorte de borne frontière entre trois royaumes ou, si l’on préfère, trois Couronnes : France, Navarre et Castille. Précisément, le Comte et la Comtesse de Paris n’avaient-ils pas honoré, à la veille de leur mariage à Arcangues, le 350e anniversaire de la Paix des Pyrénées entre les couronnes de France et d’Espagne qui avait réuni au château d’Urtubie une cinquantaine de consuls en poste le long de la chaîne des Pyrénées et représentant près d’une trentaine de pays, à l’invitation de l’Union des Consuls Honoraires en France dont j’étais le délégué régional ?

De fréquents séjours ont ramené les Princes dans nos provinces basques, à Bayonne (où je leur ai fait visiter, chez Mgr Aillet, la chapelle de l’évêché avec sa peinture du « Miracle de Bayonne »), Ascain, Arcangues, et jusqu’en Amikuze où, comme chaque été, les Princes retrouvaient leurs amis. « L’herbe très verte avec ses vaches et ses moutons, j’en aurais mangé tant j’éprouve de bonheur devant ces paysages », m’avait un jour lancé la Comtesse de Paris en contemplant la succession de collines et de landes qui conduit en Basse-Navarre et lui rappelait d’heureux souvenirs d’enfance au Pays Basque ! 

En digne successeur de ses ancêtres royaux de Navarre, Monseigneur n’hésitait pas, pour sa part, à réaffirmer qu’« un pouvoir qui ne respecte pas les différences et la multiplicité, pourtant inhérentes et nécessaires à notre monde, tendra à opérer une uniformisation politique, économique et sociale où tout ce qui est hors norme devient incorrect (…) La véritable unité se construit par le haut, tandis que la caricature de l'unité, c'est-à-dire l'uniformité, égalise par le bas (…) Or, le génie de la France réside dans sa diversité même, source de liberté. L'historien Jacques Bainville disait que du temps de nos rois, la France était hérissée de libertés. Mais cet état de libertés s'accompagnait nécessairement de responsabilités, et la multiplicité de la France se trouvait alors cimentée par les liens d'amour existant entre le roi et les peuples de France ». A l’heure des « Gilets jaunes » et de nombreux autres manifestations de mécontentement, il faut croire que les dernières péripéties du pouvoir jacobin gérant l’actuelle république, dans un climat de réelles difficultés économiques, ont considérablement distendu ses liens avec ces «  peuples de France »…

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