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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Le Christ en croix de la Semana Santa

La crucifixion du Christ, Diego Vélasquez 1599-1660, Musée du Prado à Madrid. © DR

Au terme de la messe dite par le pape François lors de sa visite récente à l’Eglise du Maroc, un artiste tunisien offrit un Christ fixé au bois de la croix en chemin vers le Golgotha.

Les peintres n’ont eu de cesse au fil de l’histoire religieuse, de fixer notre regard sur ce mystère insondable de la mort sur la croix du souverain Maître et Seigneur.

En visitant le Prado à Madrid, qui ne serait saisi à la vue du Christ de Vélasquez sur un décor de ténèbres muettes et insondables, de ce visage juvénile blanc qui se projette vers le visiteur comme un cadavre d’où toute vie semble échappée... et pourtant, il nous parle encore...

Le mort en sursis de Vélasquez demeure saisissant et semble tellement vrai qu’il paraît nous ressembler et aspirer à notre propre survie.

Ce mort est livide, comme vidé de sa vie et de son sang jusqu’à la dernière goutte, par un don achevé pour nous et pour notre salut.

La chevelure de Jésus est abondante et cache la moitié de Son visage habité d’une noirceur mortelle, qui se livre à la blancheur divine d’une autre vie d’espérance.

Qu’y a-t-il donc d’invisible derrière ce masque absolu ?

Il se joue un drame théâtral qui paraît voler la scène d’une tragédie : il laisse voir une dramaturgie indicible, incroyable, inaccessible à vue humaine, inconcevable pour le commun des mortels, que le génie de l’artiste ne peut que suggérer en le dissimulant encore à notre regard.

Derrière cette chevelure lisse et tombante, il y a déjà le mystère de la nuit du Samedi Saint.

Par l’ouverture vers autre chose, et la porte entrouverte des enfers ou des horizons cachés de la grâce.

Et au-delà encore de la mort physique, la mort véritable ou la seconde mort, celle du genre humain où s’ accomplit en croisant la liberté de l’homme de dire oui ou non, la grâce du salut.

« Mon dieu, mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? », ainsi jusqu’à ce terme sans réparation, sans retenue, sans défense, jusqu’à ces enfers insondables de privation de grâce, et de rapport à mes désirs introuvables, perdus et abandonnés en chemin de croix de mon histoire ?

- Rideau de la chevelure du Christ, qui continue de tomber encore sous le poids du non à l’amour divin, de l’arrogance et de l’orgueil des hommes prompts à se soulever d’opprobre et de mépris.

- Condition de l’histoire des humains qui n’en finiront pas de s’en détourner et de réclamer, par sursaut de fierté, un geste ultime de bravoure pour leur propre compte.

Le christ de Vélasquez est un visage grave, entier, suprême. Il n’a que peu de ressemblance avec ces chemins de croix tendres, plus complaisants et moins morbides, auxquels nous habituent nos assemblées.

Pour le peintre espagnol, la mort du Christ n’est pas une facétie, un faux-fuyant de la condition humaine. Elle nous indique que toute fin de vie n’est nullement jouissante, la couronne d’épines sèches qui enserre la tête du Christ n’est nullement factice. Elle est dans son réalisme une véritable expression de l’unité du tableau que l’on ne cesse de contempler sans toujours le comprendre, de fixer sans en connaître la richesse, de le regarder encore, sans adhérer totalement à sa forte inspiration de sacrifice ultime de Dieu pour nous arracher à lui, de nos torpeurs mortifères.

Elle parle cependant au regard, à  l’affect et aux sentiments humains un langage vrai, personnel et intérieur.. Loin des illusions et des rêves.

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