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La révolution russe de 1917 vue par les catholiques

La démolition de la Cathédrale du Christ Sauveur à Moscou © DR

Plusieurs articles de cette « LETTRE » sont consacrés au centenaire de la révolution russe de 1917. Comme vous le lirez dans celui de notre collaborateur l’abbé François-Xavier Esponde, l’événement ne s’était pas limité à la Russie ni aux chrétiens orthodoxes : ainsi, parmi les catholiques occidentaux, il avait suscité des sentiments qui se partageaient entre folles espérances muées très vite en horreur devant la terreur bolchévique et les crimes perpétrés par Lénine, ses affidés et ses successeurs.

ALC

Octobre 1917 - Octobre 2017, un siècle né dans le communisme

1 – En Europe, d’Est en Ouest

Un espoir naissait chez les catholiques russes à l’abdication du Tsar Nicolas II en mars 1917. La revue Slovo Istiny est radieuse et croit au miracle d’une liberté religieuse reconnue pour les catholiques en Russie, mais l’espoir est bref et prélude à des jours bien plus terribles. Catholiques polonais, allemands ou byzantins biélorusses et ukrainiens espèrent par millions des jours meilleurs au sein d’une orthodoxie majoritaire, car les relations entre chrétiens se ressentent encore de défiance...

A Rome le pape Benoit XV souligne « l’admiration et la joie pour cette révolution qui a fait si peu de victimes » (!)... L’espoir de ramener chez les latins cet immense pays glorieux et cultivé, auquel on donne le titre de Troisième Rome, fait fantasmer. Chacun préjuge même que le miracle de l’été 1917 à Fatima fera entendre en Russie ce message, par la Consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie.

Mais le rêve deviendra vite un cauchemar : Lénine, Trotsky et les Bolchéviques au pouvoir dès octobre 1917 défont toute vision démocratique du nouveau régime, dissolvent la Constituante et, par décret du 23 janvier 1918, décident de réduire drastiquement les libertés religieuses. Le principe de « La religion opium du peuple » est ancré dans le mépris au clergé orthodoxe et devient le levier d’une lutte de classe sans merci contre l’Eglise russe tout entière.

L’orthodoxie en deviendra la première victime et son avenir sera compromis. Dès le 23 février 1922, Lénine confisque tous les biens religieux appartenant aux églises et aux monastères et par anticipation décide « de faire fusiller le plus grand nombre de religieux par son bras droit Molotov afin de briser pour plusieurs générations toute forme de réaction de la part du clergé ».

Le nouveau régime n’a plus d’état d’âme. Les futurs papes en poste diplomatique, le futur Pie XI en poste en Lituanie et en Pologne, et le futur Pie XII en poste en Allemagne, comprennent amèrement la gravité des événements. Les églises sont détruites, incendiées et profanées, tous les évêques, orthodoxes et catholiques sans distinction, connaissent sans concession le même sort : arrêtés, jugés et assassinés (ou expulsés pour quelques très rares « chanceux »).

Si Lénine meurt en 1924, ses abominations trouveront un successeur en Staline, l’ancien séminariste qui, à son tour, sera sans pitié.

Pie XI enverra un émissaire secret, le jésuite d’Herbigny sacré évêque dans l’espoir de « reconstituer une hiérarchie catholique clandestine en Union Soviétique » par l’onction accordée par le futur pape Pie XII. Tragique déconvenue, tous les pasteurs dénoncés à la police politique seront fusillés sans faire de détail, expulsés ou envoyés au goulag.

Mgr Neveu, un rescapé, vient relater le tragique de l’histoire au pape régnant Pie XI qui fait rédiger le 19 mars 1937 l’Encyclique « Divini Redemptoris », une condamnation ferme du communisme athée. D’un même mouvement, il publiera, cette fois contre les nazis et en allemand, l’Encyclique « Mit brennender Sorge » en termes aussi forts que pour la précédente.

2 - L’église orthodoxe russe, victime expiatoire.

 

« Selon les communistes, la patrie du communisme a définitivement supprimé la religion ». La propagande excelle dès 1936… Du moins le pensait-on, mais les Russes font de la résistance et maintiennent dans la famille un lien indéfectible avec la foi chrétienne des parents et grand-parents. Clandestinement, car toute expression sociale chrétienne est bannie.

A l’arrivée des nazis sur le sol russe en juin 1941, le choc ressenti par Staline est immense. Il croyait détourner Hitler de cette direction. Le plan d’invasion de Moscou est lancé. Staline, abasourdi et craignant pour le régime, s’adresse à ses coreligionnaires par un discours des plus rocambolesques : « Frères et sœurs », dit-on aux camarades paniqués par l’intrusion armée des armées allemandes.

Le métropolite Serge, patriote et ancré dans ses convictions, lance un appel aux fidèles de l’Eglise pour « défendre les frontières sacrées de la patrie », appel qui sera suivi. Après la victoire de Stalingrad, Staline reçoit au Kremlin la délégation du Patriarcat de Moscou et lui donne le droit d’élire un nouveau titulaire, car le poste patriarcal est vacant depuis 1924, et la permission de rouvrir des milliers d’églises fermées depuis 1930 est accordée. On cohabitera désormais vaille que vaille, sachant que pour un prêtre ou un évêque, il n’est toujours pas possible d’organiser un culte, de prononcer un prêche ou de réunir des fidèles sans l’accord du KGB.

De Staline à Khrouchtchev, peu de changements sur le fond. Le parti communiste pratique toujours le culte d’un athéisme militant, les croyants vivent dans le silence, à l’abri de toute « publicité ». Dénonciations et procès se succèdent contre les chrétiens orthodoxes qui apprirent ainsi à vivre une appartenance religieuse quasi-clandestine pendant ces décennies de l’horreur.

En Occident, cette situation était peu diffusée, voire occultée, et beaucoup de ceux qui en étaient informés par divers réseaux pratiquèrent une collusion de silence dénoncée par la suite.

La diffusion des œuvres d’Andrei Sakharov et d’Alexandre Soljenitsyne feront savoir en Occident la réalité de cette vie de catacombe. En France où la communauté russe avait ses attaches, l’information fut diffusée par l’hebdomadaire « La Pensée Russe » et « Les Editeurs Réunis de Nikita Struve qui édita Soljénitsyne.

La guerre étant passée par là et l’Union Soviétique se trouvant dans le camp des vainqueurs, le pape Pie XII continuait à suivre de près le dossier du communisme car, à la Libération, il craignait la menace d’une occupation de la moitié de l’Europe de l’Est, peut-être même celle de l’Europe de l’Ouest si la vigilance tombait. Et les craintes du pape se confirmeront en Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie et Yougoslavie, jusqu’à l’Autriche qui faillit « passer à la casserole » communiste... Les doléances de ces pays nouvellement « communisés », brimés dans leur liberté religieuse, pleuvaient à Rome, et la menace sur la France et l’Italie se rapprochait.

Craintes qui seront partagées avec Churchill qui dénonce « la création d’un rideau de fer qui s’abat sur l’Europe » (après avoir laissé faire).

Au printemps 1949, le pape Pie XII approuve la création de l’OTAN et du Conseil de l’Europe. Ses réseaux diplomatiques maintenaient le cap et le regard tourné vers « les régimes communistes soumis », selon ses écrits, « à des états matérialistes sans idéal surnaturel, sans religion et sans Dieu » ! Défiance envers l’Est européen, prudence à l’Ouest, le pape se méfiait de tout dialogue avec le communisme sous la forme « d’une main tendue qui séduit particulièrement en France mais n’a que peu d’émules en d’autres pays de l’Europe de l’Ouest ».

Cependant, le Concile des années 60 ouvrait déjà un autre horizon à ces relations de l’Eglise avec le bloc marxiste européen et le reste du monde. Des mentalités prétendant faire évoluer les problèmes venaient de continents extérieurs à l’Europe, mentalités distinctes des nôtres : du côté de l’église, on voulut pratiquer une « Ostpolitik » vis-à-vis de ces régimes autoritaires avec lesquels le compromis seul était possible. Or, peu d’évêques avaient pu franchir le rideau de fer et se joindre au Concile romain Vatican II. Parmi eux, un polonais dénommé Karol Wojtyla fera exception. Son empreinte fut notable : « Oui à une discussion avec un communiste comme personne individuelle, non comme représentant d’un état totalitaire qui viole la dignité humaine ». Le message du jeune archevêque de Cracovie courait les travées conciliaires et se diffusa dans le monde.

Déjà les mentalités évoluaient avec le pape Jean XXIII. La rupture entre l’Est et l’Ouest de l’Européen constituait une plaie ouverte pour la foi chrétienne. Il fallait y remédier. Mais l’histoire du communisme s’emparait déjà de l’Afrique où sa doctrine se répandait en Ethiopie, en Angola, Somalie mais aussi au Cambodge, au Vietnam au Laos, et jusqu’en Afghanistan !

3 - Le pape venu du communisme.

Le 16 octobre 1978, les catholiques assistèrent à une véritable révolution : un pape élu de Pologne, inconnu pour la plupart, venu remplacer l’éphémère Jean-Paul Ier, et de surcroit venu du communisme ! Lançant ce cri d’unité « N’ayez pas peur, ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ, à Sa puissance salvatrice ; ouvrez les frontières des Etats, des systèmes économiques et politiques, des immenses domaines de la culture ».

La surprise fut à son comble : un polonais, citoyen d’un pays communiste, un non-italien, tous les ingrédients étaient réunis pour troubler la quiétude vaticane...

Et le changement intervint dans les années 80. Le pape voyage hors de Rome : 22 ans durant, il ira sillonner les continents et rencontrer comme pape des interlocuteurs peu disposés à le recevoir. Venu du communisme, ce pape n’aura que peu de faveur pour la « théologie de la libération sud-américaine et les catholiques en Europe de l’Ouest le déplorent. Or, depuis son ordination sacerdotale en Pologne en 1946, Jean-Paul II connaît les brimades subies par les croyants pour résister à la violence politique et policière d’un tel régime. Soutien de syndicats, défenseur de causes sociales justes, l’évêque de Cracovie avait donné de sa personne et connu les avanies dues à ses engagements.

Il décidera le 2 juin 1979 de se rendre en Pologne, son pays d’origine. La rencontre du pape et du peuple polonais sera exceptionnelle. Au cours de ce voyage, il déclarera devant des milliers de témoins ébahis : « Nul ne peut exclure le Christ de l’histoire de l’homme, en quelque partie du globe » !

On comprendra dès lors le sens de la lettre encyclique intitulée « Redemptor hominis » de mars 1979 comme une réponse explicite à la pensée communiste : l’homme est la valeur suprême et non un rouage social de l’économie...

Le XXème siècle né dans le communisme semble ainsi augurer d’une manière inattendue la fin d’un régime qui avait « supprimé » plusieurs millions de croyants et éprouve maintenant un retournement des populations contre ses infamies. De 1980 à 89, le changement intervenu dans le grand pays frère polonais va se répandre dans les pays satellites voisins. La chute du Mur de Berlin en sera la conséquence et le signe d’un changement du monde, du temps et de l’histoire pour le continent européen tout entier. Chacune des capitales à l’Est du rideau de fer égrène le parcours d’un chemin de liberté que les peuples emprunteront en réaction contre le régime communiste ancré dans chacun de ces pays.

1917-2017, le monde a changé de visage en Europe, le communisme s’efface devant d’autres menaces, mais elles ne sont plus celles du temps passé pour les croyants.

François-Xavier Esponde

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