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la lettre du Pays-Basque

Cinéma

La critique de Jean-Louis Requena

69ème Berlinale : Wang Xiaoshuai, Qi Xi, Wang Jingchun, Wang Yuan, Yong Mei, Zhao Yanguozhang © DR

So long, My son - Film chinois de Wang Xiaoshuai – 185’

1980, Chine du nord. Près d’une cité ouvrière, deux jeunes enfants, Xing xing et son ami Huahuo observent de loin, depuis une butte, des enfants s’égaillant dans une rivière près d’une retenue d’eau. Huahuo incite Xing xing à aller les rejoindre. Ce dernier hésite ne sachant pas nager puis finit par céder… et se noie ! Alertés, ses parents accourent pour le sauver mais c’est trop tard. C’est un épouvantable drame d’autant qu’il est un enfant unique. Ses parents Liu Yaojun (Wang Jingchun) son père, et Wang Liyun (Yong Mei) sa mère sont effondrés, terrassés par la douleur.
Auparavant, ils avaient subi la loi d’airain de « l’enfant unique » instaurée en 1979 par le gouvernement chinois de Den Xiaoping pour ralentir le taux de fécondité du peuple chinois.
Wang Liyun, simple ouvrière dans une usine comme son mari, avait déjà dû avorter sous la menace de Li Haiyan (Ai Liya), une apparatchik, mère de Huahuo, voisine et amie… La politique de « l’enfant unique » durera 36 ans jusqu’en 2015 ou elle sera officiellement abolie ayant enclenché jusqu’à l’absurde des phénomènes pervers : vieillissement de la population, déséquilibre des naissances hommes/femmes, infanticides, enfants cachés, etc…
Cette politique antinataliste qui succède à une politique nataliste du gouvernement chinois « maoïste » (1949/1978) détruit les équilibres immémoriaux de la famille chinoise et, par-delà de la société toute entière ou le collectif prime sur l’individu : aux conflits (Guerre de Corée 1950/1953), aux catastrophes économiques, écologiques (Grand bond en avant 1958/1960) a succédé une catastrophe démographique.
Liu Yaojun, Wang Liyun et leurs amis vivent, résignés, ce cauchemar : le Parti Communiste Chinois a toujours raison… La fermeture de leur usine les contraint à s’exiler en Chine du sud, en bordure de mer. Ils adoptent un jeune garçon auquel ils donnent le même prénom que leur fils disparu : Xing xing… Mais Liu Yaojun est volage et met enceinte une jolie stagiaire, Shen Moli (Xi Qi), qu’il a admis dans sa petite entreprise…
Shen Moli va -t-elle à son tour avorter ? N’a -t- elle pas d’échappatoire ?
Le récit filmique qui s’étend sur près de 40 ans, narre, de fait, l’histoire compliquée de 4 fils : le légitime (disparu), l’interrompu (avortement), l’adopté (difficile), l’illégitime (adultérin) dans des entrelacs non chronologiques.
En trame historique, la Chine de 1980 (Deng Xiaoping et son « économie socialiste de marché ») à 2010 et son économie de « capitalisme d’état » d’une grande sauvagerie au regard duquel le « capitalisme libéral » est une bluette !
Wang Xiaoshuai (53 ans), de la 6ème génération de cinéaste chinois, également coscénariste, fait vivre sur l’écran ses personnages dans leur complexité, dans une société très hiérarchisée, ou ils sont surveillés sans relâche. Son dernier opus est impressionnant, passionnant d’autant qu’il semble être passé entre les mailles de la censure sans problème (?). Son treizième long métrage abonde en flash-back (retour en arrière) et flash forward (saut en avant du récit) résultat du montage non chronologique, virtuose, de Lee Chatamettikool (monteur thaïlandais). Ce parti pris narratif demande aux spectateurs des efforts de concentration pour arriver à l’épilogue de ce long récit (3 heures 5 minutes) ou les protagonistes se retrouvent dans la Chine contemporaine métamorphosée en une puissance respectée et en la première économie mondiale.
En quatre décennies, la mutation économique, le bouleversement sociétal ont radicalement transformé cet immense pays aux 1,39 milliards d’individus tenu par d’une main de fer par le Parti Communiste Chinois. Nous assistons par nos ressentis, sans que le metteur en scène s’appesantisse, du passage douloureux de la Chine rurale à la Chine urbaine, de la résistance (passive) à la résilience (assumée) par les lois implacables du totalitarisme.
So long, My son, est une très grande œuvre de Wang Xiaoshuai qui a été couronnée à la dernière Berlinale par l’Ours d’argent du meilleur acteur pour Wang Jingchun et l’Ours d’argent de la meilleure actrice pour Yong Mei.

 

 

 

 

 

 

 

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