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Cinéma
La critique de Jean-Louis Requena
La critique de Jean-Louis Requena
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| Jean-Louis Requena 943 mots

La critique de Jean-Louis Requena

Une Intime Conviction - Film français dAntoine Raimbault 110

Laffaire Suzanne Viguier est encore dans nos mémoires. Le 27 février 2000, Suzanne Viguier, épouse de Jacques Viguier, professeur de droit à luniversité de Toulouse, disparaît. Une longue enquête policière, dirigée par le commissaire Robert Saby, naboutit à aucune conclusion : pas de corps, pas de mobile, pas daveux. Néanmoins, des rumeurs alimentées par « lami de la famille », Olivier Durandet, sont relayées par les médias locaux. « Lami de la famille » Viguier se déclare également amant de Suzanne Malgré le manque flagrant de preuves, tout semble désigner lassassin : Jacques Viguier, son mari, avec lequel elle n’était pas en bons termes depuis des années Après maintes péripéties policières, judiciaires, dont lemprisonnement durant neuf mois de Jacques Viguier, un procès a lieu aux assises de Toulouse (Haute Garonne), fin avril 2009. Laccusé est acquitté ! Mais, nouveau rebondissement, le procureur général fait appel du verdict.

Un deuxième procès en appel débute à la cour dassises dAlbi (Tarn) en mars 2010. Le film commence à ce moment dramatique, alors même que le premier procès est encore dans tous les esprits

Nora (Marina Foïs), mère célibataire, est cuisinière dans une brasserie de Toulouse. Elle est intimement convaincue de linnocence de laccusé. Elle est prête à tout pour faire éclater la vérité, sa vérité. La défense a engagé un ténor du barreau, Eric Dupond-Moretti (Olivier Gourmet), qui a la lourde tâche de faire innocenter son client mutique, au caractère difficile, renfermé, sans empathie. Nora, exaltée, contacte lavocat dès son arrivée pour se porter volontaire à quelques emplois, quels quils soient Bougon, il lui donne des dizaines de CD denregistrement à écouter, à classer en vue dune exploitation juridique possible. Cest un travail titanesque que Nora accomplit avec conviction. Du coup, accaparée, elle néglige son travail et son enfant.

De surcroît, ses rapports avec Maître Eric Dupond-Moretti sont houleux, tendus, alors que le procès senclenche

Le cinéma mondial abonde de films du genre procès. En général, ils sont toujours couplés avec un suspense : laccusé est-il le vrai coupable ? Genre à rebondissements, longs échanges verbaux dans lenceinte du tribunal, dénouement inattendu, etc. Ici, rien de tout cela. Le réalisateur Antoine Raimbault, également coscénariste, évite la structure narrative classique : il déconstruit la trame en développant des scènes hors tribunal et « accélère » les audiences de celui-ci quil « condense » à la fin. Il sattache a décrire les à cotés des assises, véritables pièces dramatiques ou les acteurs (les avocats, les magistrats, les témoins, laccusé, etc.) sont également auteurs : ils créent la pièce dans laquelle ils jouent en temps réel.

Dès son premier opus, Antoine Raimbault nous impose sa maîtrise confondante tant sur la structure du récit, haletant, que sur la mise en image efficace sans afféteries. Le personnage de Nora, magnifiquement interprété par Marina Foïs, seul personnage fictif de ce drame (géniale trouvaille !) par ses incessantes interventions, permet daérer, de « booster » la narration et d’éviter ainsi les scènes dexposition qui freineraient le déroulement du récit.

Pas de ralentissement, pas de temps morts, le puzzle dramatique se reconstruit « presto ».

Les séquences sont brèves, peu bavardes, le découpage précis, jusqu'à la plaidoirie finale de lavocat de la défense, Maître Eric Dupond-Moretti, surnommé « acquittator », moment ou le film ralentit son tempo.

Depuis un an (févier 2018), cest le deuxième choc que nous ayons eu pour un premier film dun jeune metteur en scène français. Le premier est celui de « Jusqu'à la Garde » de Xavier Legrand, dix nominations (!) à la prochaine Cérémonie des César (fin février 2019).

Lun et lautre détournent avec une grande réussite des genres cinématographiques codifiés (procès, terreur) pour notre plus grand plaisir de spectateur. Cest un premier long métrage prometteur.

 

 

 

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