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la lettre du Pays-Basque

Cinéma

La critique de Jean-Louis Requena

« Une Saison Ardente » de Paul Dano © DR

« Wildlife – Une Saison Ardente » - Film américain de Paul Dano – 105’

Great Falls, bourgade de l’état du Montana au début des années 1960. Une famille venue de l’Idaho, vient de s’installer dans cette petite ville perdue sur les contreforts des Rocheuses. C’est la famille américaine archétypale de la fin de l’administration de Dwight Eisenhower (président des USA de 1953 à 1961) : le père Jerry Brinson (Jake Gyllenhall), la mère Jeanette, 34 ans (Carey Mulligan), et leur jeune fils de 14 ans Joe (Ed Oxenbould). Le père, jardinier dans un club de golf, perd son travail : son patron lui reproche sa familiarité avec les clients. Le couple bancal, en crise, a celé dans leur nouvelle demeure du Montana des rancœurs, des déceptions. Cela ne va pas fort entre Jerry et Jeanette qui masquent leur désarroi, leur mésentente, sous le regard inquiet de Joe. De surcroît, l’argent manque, les fins de mois sont difficiles. Jerry reste prostré, dépressif et refuse de reprendre son travail après un appel téléphonique de son ancien patron qui veut le reprendre. C’est un homme mutique, velléitaire, buvant plus que de raison. Jeannette cherche un job et finit par devenir monitrice dans la piscine municipale où elle rencontre Warren Miller, un veuf (Bill Camp), riche concessionnaire d’automobiles. Joe bien que lycéen, trouve un petit boulot chez un photographe spécialisé dans les portraits de studio.

Sur un coup de tête, Jerry décide de s’engager chez les pompiers qui luttent difficilement contre les incendies de forêt ravageant la contrée durant cet été. Il disparaît, ne donne plus de ses nouvelles, laissant sa femme et son fils se débrouiller seuls, dans un environnement sociétal qu’ils ne connaissent pas…

Warren Miller n’est pas insensible aux charmes de Jeanette qui semble apprécier sa compagnie, au grand trouble de Joe.

Le scénario est une adaptation par Paul Dano (34 ans), réalisateur du film, et sa compagne Zoé Kazan, du roman de Richard Ford « Une Saison Ardente » (Edition l’Olivier – 1991). Pour son premier opus, Paul Dano, acteur reconnu de quelques films indépendants remarquables (There Will Be Blood – 2007, Love and Mercy – 2015, etc) a choisi un filmage qui allie le dépouillement à la sobriété. Il privilégie les ellipses temporelles en lieu et place des expositions : les non-dits chassent les discours. Il élague, épure en toutes choses. Aussi, comprenons-nous les situations avec peu de mots. Le récit, en apparence simple, reste essentiellement visuel. Maniée par l’excellent chef opérateur Diego Garcia, la caméra bouge peu, les cadrages sont précis, la mise en image évidente. Joe voit tout, cherche à comprendre ces adultes qui se cherchent, s’évitent, se déchirent : pour lui c’est la fin de l’enfance, de l’innocence. Après la disparition (momentanée ?) de son père, Joe glisse contre son gré, du trio familial au nouveau qu’il forme avec sa mère et Warren Miller. Si le premier était souhaité, le second est subi.

Et si son père revenait des flammes qui dévorent les montagnes, qu’adviendrait-il de cette petite famille ordinaire ?

Dans son récit cinématographique, Paul Dano ne juge pas, ne cherche pas à surplomber ses personnages, évite le spectaculaire, les scènes à faire. Il concentre son travail de metteur en scène sur la direction des acteurs, tous ici excellents. Les silences, ceux de Joe en particulier sont longs, éloquents, les paroles échangées banales : c’est l’existence ordinaire dans ce qu’elle a parfois d’extraordinaire dans la crise. C’est la description d’un microcosme familial qui contient tous les autres.

Quelques grands acteurs passés à la réalisation de longs métrages, ont fait montre de ce type de maîtrise : petit budget, rapidité de tournage (28 jours pour Wildlife !), direction d’acteurs irréprochable : Robert Redfort Des gens comme les autres – 1980, Paul Newman L’affrontement – 1984, Clint Eastwood Sur la route de Madison – 1995).

A n’en pas douter, Paul Dano, pour sa première réalisation, est de la trempe de ses grands aînés. Jean-Louis Requena

 

 

 

 

 

 

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