Logo BasKulture

la lettre du Pays-Basque

Cinéma

La critique de Jean-Louis Requena

L'équipe « Une valse dans les allées » à la Berlinale 2018 © DR

 « Une valse dans les allées » - Film allemand de Thomas Stuber – 125’

Quelque part en Allemagne de nos jours. Un homme renfermé, peu bavard, Christian (Franz Rogowski) est engagé dans un énorme centre commercial en périphérie d’une ville. Il est couvert de tatouages qu’il cache d’une manière obsessionnelle lorsqu’il enfile sa blouse de travail. Il devient l’adjoint de Bruno (Peter Kurth) qui lui apprend à conduire un chariot élévateur. C’est un travail délicat car il faut une grande dextérité pour ne pas fracasser la marchandise du rayon « liquide » ou ils opèrent. Petit à petit le courant passe entre eux et Christian apprend patiemment son métier avec l’ambition de passer son permis de conduire cet engin diabolique.

Le vaste entrepôt est un microcosme où vivent, se croisent, durant les longues heures d’ouverture, des salariés assujettis à des règlements stricts : interdiction de bavarder entre les rayonnages, de faire des pauses intempestives, de fumer à l’intérieur du bâtiment, de prendre de la marchandise même jetée dans les containers car abimée, mais consommable. La vie professionnelle est parfaitement encadrée sous une lumière blafarde et une musique récurrente : le Beau Danube bleu de Richard Strauss.

A ces vies réglées comme du papier à musique s’opposent les parcours chaotiques, désespérants des protagonistes. Christian, mutique, est secrètement amoureux de Marion (Sandra Hüller) qui ne semble pas indifférente à ses tentatives maladroites de séduction. Bruno, gros homme débonnaire qui aide Christian a s’insérer dans la petite communauté des manutentionnaires est un ancien camionneur de l’ex-Allemagne de l’Est (ancienne RDA) devenu alcoolique. Autour de ce trio l’histoire se déroule à un rythme paisible.

Thomas Studer avec la complicité de l’auteur, Clemens Meyer, a adapté une des ses courtes nouvelles. Il prend son temps (plus de 2 heures !) pour décrire par petites touches l’univers de ces travailleurs de l’ombre que nous croisons, en les ignorant, dans ces temples profanes de la consommation capitaliste que sont les mégastructures en tôles posées au milieu de nulle part et environnées de parkings. Ces vies au rabais, minuscules, sont tout de même de la vie avec des êtres de chair et de sang habités par des sentiments semblables aux nôtres.

Le dernier long métrage de Thomas Studer est une œuvre lente, blafarde, mélancolique, grisâtre ou cependant la respiration d’êtres « invisibles » s’immisce et nous affecte.

Ce n’est pas le film le plus drôle de l’année mais sa petite musique (un peu trop longue) nous a captivé par la simplicité de la mise en scène et le jeu fort bien tenu des interprètes allemands, tous remarquables de vérité.

Le film a obtenu le Prix du Jury Œcuménique à la Berlinale 2018 et le Prix de la Guilde du Film au Festival du Film de Cabourg.

Jean-Louis Requena

 

Commentaires

Réagir

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.