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la lettre du Pays-Basque

Cinéma

La critique de Jean-Louis Requena

« Plaire, aimer et courir vite » de Christophe Honoré © DR

Plaire, aimer et courir vite - Film français de Christophe Honoré – 132’

Paris 1993. Un homme, Jacques 35 ans (Pierre Deladonchamps) écrivain reconnu de son état, attend patiemment à la Brasserie Lipp son rendez-vous. Ce dernier arrive en retard : c’est un fringant jeune homme. Jacques est homosexuel et malade du sida. C’est la cérémonie des adieux qu’après coup il confesse à son ami et voisin de longue date Mathieu (Denis Podalydès) qui garde son enfant Loulou, huit ans. Jacques est invité à Rennes pour assister à la représentation d’une de ses pièces. Son hôtel est sordide. Il s’ennuie et préfère aller dans une salle de cinéma où est projeté « La Leçon de Piano » de Jane Campion, Palme d’Or cette année-là au Festival de Cannes. Dans une salle au trois-quarts vide, il fait la connaissance d’Arthur (Vincent Lacoste), étudiant dilettante à la faculté de Rennes et au demeurant peu cultivé. Un rapport de séduction s’établit entre ces deux hommes que tout sépare : l’âge, la culture (Arthur tutoie, Jacques vouvoie) la géographie (Paris, Rennes), et en partie la sexualité (Arthur est bisexuel, Jacques non).

Nous assistons, après une longue mise en place aux intermittences du cœur, au ballet amoureux entre un homme brillant, un peu poseur mourant du sida, et un jeune chien fou, provincial, qui comme le grand Arthur (Rimbaud !) veut se détacher de sa province et « monter » à Paris, capitale des arts et des lettres, pour une nouvelle vie.

C’est cette dramaturgie, sans doute en partie autobiographique, que Christophe Honoré nous narre dans son dernier long métrage dont il est (tradition française !) également le scénariste.

Dans son 12ème long métrage Christophe Honoré prend son temps (2h12’) afin que chaque personnage, les trois principaux, Jacques, Arthur, Mathieu et les secondaires, soient intégrés dans leurs environnements affectifs, matériels, professionnels, d’où cette impression de dispersion narrative durant la première partie de la projection. A quelques scènes bien menées au sens cinématographique peuvent succéder des scènes statiques et quelques peu complaisantes : les scènes de sexes explicites ne sont pas nécessaires à la dramaturgie. Très difficiles à réussir, elles sont souvent superfétatoires, voire ennuyeuses.

Christophe Honoré, homme de culture « multicartes » à la fois réalisateur, romancier, dramaturge et metteur en scène de théâtre et d’opéra, cède ici et là au « péché mignon » de l’étalage de son propre savoir qui, à son âge (48 ans), est important. C’est pourquoi certains dialogues finement écrits sonnent faux : au cinéma l’écrit doit passer par la parole des acteurs dans une forme naturaliste. Les coquetteries verbales et autres ornementations apparaissent comme désuètes. Fort heureusement, le réalisateur démontre son talent dans quelques scènes très réussies qui se développent mixées à une bande son bien choisie : le départ en voiture de Jacques pour Rennes (chanson d’Anne Sylvestre), le désarroi de ce dernier face à sa terrible maladie (aria poignant de Georg Friedrich Haendel), etc.

Ce film n’est pas un film militant comme « 120 battements par minutes » présenté en sélection officielle au Festival de Cannes de l’an dernier (Grand Prix du Jury) mais un plaidoyer « pro domo » pour les années difficiles d’un « homo intello parisien » qui sait sa fin proche et balance entre un dernier amour et son renoncement. Le dernier opus de Christophe Honoré, malgré quelques longueurs, complaisances, affèteries, décrit avec quelques fulgurances poétiques la lente descente vers le néant d’un homme sensible, semblable à tous les autres, rongé physiquement et psychologiquement par la terrible épidémie.

Un être se meurt un autre né, c’est l’implacable loi de la vie.

Jean-Louis Requena

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