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la lettre du Pays-Basque

Cinéma

La critique de Jean-Louis Requena

Anne-Gruwez, « ni-juge, ni soumise » © DR

Ni juge, ni soumise - Film franco-belge de Jean Libon et Yves Hinan – 99’

Anne Gruwez est juge d’instruction au parquet de Bruxelles. Tous les jours, dans son bureau exigu, encombré de dossiers, elle reçoit des justiciables de toute sorte : petits délinquants, violeurs, prostituées, immigrants sans papiers, confrères, etc. Avec un tempérament affirmé, douée d’une faconde extraordinaire que rehausse un délicieux accent bruxellois, elle commente, explique, houspille ses interlocuteurs. Elle occupe l’espace, monopolise la parole. Sa bonhommie apparente n’est pas exempte d’une dureté pour ceux qui ne comprennent pas les règles judiciaires ou feignent de les ignorer. Madame le juge aura le mot de la fin, le mot assassin qui frappe juste. Entre tous ces va-et-vient dans son bureau, elle reprend une affaire non résolue, vieille de vingt ans, sur le meurtre de Yolande et Nicole, deux prostituées bruxelloises : c’est le fil rouge du film.

Nous connaissons par la télévision les auteurs de ce « documentaire » : Jean Libon et Yves Hinan. A partir de 1992, FR3 a diffusé, une fois par semaine, l’émission « Strip-Tease »        (« l’émission qui vous déshabille ») qui a eu un grand succès. Ils ont décidé, toujours avec les mêmes méthodes, une caméra numérique, un son direct, pas de musique d’accompagnement, de nous proposer leur premier long métrage. Pendant trois ans, selon leurs dires, ils ont filmé la juge d’instruction au franc-parler et stocké ainsi 150 heures d’enregistrement audiovisuel. Le montage final, tel qu’il nous est proposé, n’en retient qu’une heure trente-neuf.

Ce long métrage plaisant, parfois hilarant devant les saillies d’Anne Gruwez, les réponses étonnantes de ses interlocuteurs, est-il un documentaire ou une fiction documentée ? Le montage serré de séquences fortes issues de l’énorme matériau audiovisuel accumulé en trois ans n’a-t-il pas favorisé une espèce de précipité cinématographique ? Le cadre, la lumière, sont toujours de qualité, ce qui exige un minimum d’installation au préalable. La question reste ouverte.

Nul doute que vous passerez un bon moment, quelquefois de franche hilarité, avec cette juge d’instruction iconoclaste que rien, du moins dans le film, ne parvient à déstabiliser. Elle traverse la ville de Bruxelles dans sa deux-chevaux antédiluvienne, fenêtres ouvertes, et commentaires gouleyants toujours à propos. Les malheurs du monde auxquels sa fonction l’expose ne semblent pas altérer sa volubile personne.

Au Festival de San Sebastian 2017 où le film a été présenté en compétition officielle, la salle a éclaté de rire à certains moments et même applaudi à quelques répliques cinglantes d’Anne Gruwez. Jean Libon, avec son sens de la formule, parle de son premier opus en disant : « ce n’est pas du cinéma, c’est pire ».

Jean-Louis Requena

 

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