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la lettre du Pays-Basque

Critique

La critique de Jean-Louis Requena

Jeune Femme - Film français de Léonor Serraille – 97’ Sur un palier d’un immeuble cossu, une jeune femme, Paula (Laetitia Dosch), tente de forcer la porte d’un appartement, hurle sans retenue, et finalement, à bout de nerfs tente de l’enfoncer d’un coup d © DR

Jeune Femme - Film français de Léonor Serraille – 97’

Sur un palier d’un immeuble cossu, une jeune femme, Paula (Laetitia Dosch), tente de forcer la porte d’un appartement, hurle sans retenue, et finalement, à bout de nerfs tente de l’enfoncer d’un coup de tête. L’imposant huis résiste. Paula a une plaie qui lui barre le front. Dans la scène qui suit, Paula est traitée par une infirmière qui tente sans succès, en pansant sa plaie, de la réconforter. Paula très agitée, dans un flot de paroles décousues, raconte son histoire : elle a passé avec Joachim (Grégoire Monsaingeon), son ami photographe, dix ans au Mexique. De retour à Paris elle tente de renouer avec lui, d’où sa tentative d’entrer dans son logement.

Paula se retrouve seule, abandonnée, dans un Paris hivernal, hostile, ou elle ne connaît personne sauf sa mère qu’elle ne veut pas voir. Elle court toujours agitée mais volontaire avec comme seul compagnon le chat de son ex-ami. Elle galère dans Paris. Elle va accumuler les petits boulots et dormir dans des logements sordides : hôtels minables, chambres de bonnes délabrées, etc. Elle sera baby-sitter pour une femme jeune et élégante (mère d’une petite fille Lia), vendeuse dans un « bar à culottes » d ‘une galerie commerciale. Durant cette courte trajectoire professionnelle, jalonnée de mensonges, Paula fera des rencontres étonnantes, comme celle, entre autre, d’Ousmane un vigile diplômé. Elle reste debout, résistante malgré toutes ces épreuves.

Léonor Serraille (30 ans) dont Jeune Femme est le premier long métrage est une ancienne élève de la FEMIS (Ecole Nationale Supérieure des Métiers de l’Image et du Son) qui, année après année depuis sa réforme (1985), « nourrit » le cinéma français de « gens de cinéma » à tous les postes : (réalisateurs, scénaristes, chefs opérateurs, etc... Ainsi, de nombreux impétrants font, après leur sortie de cet organisme, leur premier film, souvent, de nature autobiographique. C’est la pente artistique naturelle. Le problème est le deuxième film à venir qui doit en principe confirmer le talent du premier.

Bien entendu, à ce jour, nous ne pouvons connaître la suite de la carrière de Léonor Serraille, mais son premier film est prometteur car les « saynètes » qu’elle nous propose narrant des errements de son personnage principal sont très maitrisées : c’est l’effet FEMIS. Cette jeune réalisatrice a manifestement vu et appris beaucoup de choses, notamment de la « nouvelle vague » (1960 – 1970) de Jean-Luc Godard, de François Truffaut. Nonobstant, elle ne sombre pas dans les citations. Elle maitrise à sa manière le cadrage, le rythme des scènes et enfin le montage. C’est un film de femmes au sens commun du terme car tous les postes importants, outre la réalisation, sont occupés par celles-ci : la photographie (Emilie Noblet), les costumes, le son et le montage !

La reconnaissance est venue de ses pairs dès le premier film car Jeune Femme a obtenu la Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard » ou il y avait une forte concurrence.

La Jeune Femme, Paula, est une femme d’aujourd’hui décrite par une femme cinéaste, prometteuse d’aujourd’hui. C’est une des richesses du cinéma français (féminin !) qu’il faut soutenir.

 

Jean-Louis Requena

 

VISUEL / AFP/Alberto PIZZOLI

Léonor Serraille reçoit à Cannes la Caméra d'or du meilleur premier film

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