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la lettre du Pays-Basque

Patrimoine

L'Institut culturel basque et la chapelle d’Elizaño

L'assemblée générale de l'Institut culturel basque à Saint-Pée-sur-Nivelle © DR

L'assemblée générale ordinaire et extraordinaire de l'Institut culturel basque a eu lieu le samedi 6 avril 2019 à la Salle Larreko de St-Pée-sur-Nivelle. L'occasion de faire un bilan de l'année 2018 et de procéder à l'approbation des nouveaux statuts de l’ICB. La Compétence Culture de la Communauté d’agglomération Pays Basque y a aussi été présentée. Nous laissons la plume à Yves Ugalde qui a su, comme toujours remarquablement, en tirer la substantifique moëlle, en particulier à propos de l’urgence de la conservation de notre patrimoine architecturale. Son analyse sera suivie de quelques éléments concernant la chapelle d’Elizaño dont il sera ici question. ALC.

Ce midi, assemblée générale de l'Institut Culturel Basque à Saint Pée sur Nivelle. Les acteurs culturels du Pays Basque échangent sur leurs réalisations et des moyens financiers de plus en plus contraints.

Une main se lève, celle de Mano Curutcharry, conservatrice pour les antiquités et objets d'art du Pays Basque. Elle va droit au but avec des mots clairs et incisifs : « Je lance un cri d'alerte sur le patrimoine monumental du Pays Basque. Vous avez parlé de chant, de pelote basque, et je reconnais les urgences dans tous ces secteurs qui relèvent de notre patrimoine immatériel. Mais moi, je veux vous parler de nos chapelles, nos stèles, qui sont autant de pans de notre patrimoine, bien vivant lui aussi, mais pour combien de temps » ?

Et l'historienne s'appuie sur un exemple dont l'actualité a fait vibrer toute l'assistance, où j'aurais d'ailleurs apprécié la présence de beaucoup plus d'élus : la chapelle d’Elizaño, à la frontière d'Uhart-Mixe et de Saint Palais. La phrase de Mano tombe comme un couperet : « Il y a quelques temps, elle était en vente sur le Bon Coin »...

Oui, vous avez bien lu, et moi entendu ! Certes, le monument XVIIème est une propriété privée, mais s'il y a bien un domaine où la puissance publique, d'une mairie à l'Etat, se doit d'être immédiatement interpellée, c'est bien celui de notre patrimoine. Cette chapelle et le sort qui lui était réservé, il y a peu encore, sont les symboles d'un naufrage devant lequel nous restons silencieux et amorphes. Dans d'autres régions de France, plus encore que chez nous ! Raison de plus pour ne pas céder à cette débandade organisée, sous les yeux d'un Etat ou d'autres collectivités locales, pas si mécontents, en fait, de voir l'économie privée prendre le relais d'une déroute en marche. Sans jeu de mots bien sûr, compte tenu des combat louables de Stéphane Bern dont j'espère qu'ils ne resteront pas au stade gadget médiatique ou de mode éphémère.

Le plaidoyer de Mano Curutcharry était empreint d'une forte émotion qui a suscité les seuls applaudissements fournis et spontanés de la matinée. Une chapelle de chez nous, aux murs recouverts d'exvotos, qui ont tous leur histoire, bradée sur le « Bon Coin ». C'est glaçant.

Depuis, la commune, des voisins bas-navarrais, se sont mobilisés. Et l'encart du « Bon Coin », posé entre les voitures d'occasion et les machines à laver de deuxième main, a disparu des colonnes du gratuit. Une conscience s'est éveillée, des esprits se sont animés. Le point zéro atteint par des tas de zones rurales, désormais désertes en France, n'est pas encore atteint ici. Mais tout juste. L'inacceptable ne doit pas passer par le Pays Basque. Ou alors, point n'est besoin de gloser trois heures durant sur la vie culturelle de ce territoire.

Je me dirige vers Mano à la fin de l'assemblée. Elle n'est pas assaillie. Chacun est déjà concentré sur le devenir de son action associative ou institutionnelle, quand ce n'est pas, plus prosaïquement, sur le buffet où une omelette aux piments-jambons faisait l'unanimité.

La scientifique, qui n'en démord pas, m'indique qu'aujourd'hui encore, des dizaines de petites chaussures d'enfants sont déposées à Elizaño, dans le culte populaire de sainte Engrâce et de sa source bénéfique à la guérison de nombreuses maladies infantiles. Les plus rationnels souriront. Sauf que je ne suis pas loin de penser hélas qu'ils sont désormais majoritaires dans la cohorte de nos gouvernants, plus soucieux de finances et de statistiques que des chapelles vendues comme de simples occases. Le recyclage n'a-t-il pas meilleure presse que la restauration ? Quelle erreur pour nos enfants, ce serait de sacrifier l'un à l'autre !

Ah, au fait, la source de la chapelle s'est tarie depuis quelques années... A une lettre près, j'ai rencontré sa Manon ce matin.

Yves Ugalde

La chapelle d'Elizaño, proche du carrefour de Gibraltar

« La chapelle Sainte-Engrâce d'Elizaño, attenante à l'ancienne maison Elizetche dans le quartier Aincy d'Uhart-Mixe, était en relation avec le circuit pavé d'Aincy, la face sud et le carrefour de Saint-Sauveur. Des générations d'enfants y ont consacré leurs premiers pas. Une statue de Sainte-Engrâce en bois polychrome, protégée par une haute grille en fer forgé, se logeait initialement dans une niche cachée par un baldaquin. Ce qui frappait il y a peu le visiteur, c'était l'amoncellement au-delà de la grille d'habits d'enfants, de chemisettes, de brassières et de tabliers, de chaussons et de petits souliers sur le sol, et de pièves de monnaie éparses sur ce vestiaire.

Des graffiti recouvraient les murs sur un thème dominant : faites que mon fils... faites que ma fille puisse marcher et parler. A côté fleurissaient des demandes de guérison, de protection, et d'admission à un examen. Inscriptions datées et signées. On ne sait par quelle défection l'oratoire a été rayé du culte officiel. La paroisse d'Uhart-Mixe s'y rendait chaque année en procession avec son pasteur, et visitait le même jour Notre-Dame de Soyharce et Sainte-Engrâce d'Elizaño » (Clément Urrutibéhéty, Pèlerins de Saint-Jacques - La traversée du Pays Basque. © J&D Editions 1993).

 

VISUEL / ICB

 

L'assemblée générale de l'Institut culturel basque à Saint-Pée-sur-Nivelle

 

 

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