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la lettre du Pays-Basque

Portrait

In Memoriam : Manex Pagola

Manex Pagola © DR

C’est une énorme perte que nous avons éprouvée avec la disparition, à l'âge de 77 ans, de Manex Pagola, acteur incontournable de la culture basque, et un ami que j’avais connu il y a près de quarante ans, au temps de Radio-Adour-Navarre, la première station indépendante d’Iparralde que j’avais fondée en juillet 1978 ? Plus encore que le musicien et le chanteur dont beaucoup d’œuvres passaient sur l’antenne, souvent interprétées par Peio eta Pantxoa ou d’autres chanteurs, mais parfois par lui-même, c’est le permanent du Musée Basque, sous l’autorité du professeur Jean Haritschelhar, auquel je faisais souvent appel pour trouver de la documentation et alimenter mes émissions. D’autant plus que les studios et bureaux de la radio étaient voisins des siens, sur le quai des Corsaires ! Je me souviens même d’une matinée qu’il avait organisée dans la « cidrerie » du musée qui faisait alors office de salle de réunion à l’occasion d’un anniversaire de Radio Adour, avec la présence de Jean Haritschelhar et du père Iñazio Arregui, directeur de Loiolako Herri Irratia (Radio Loyola) qui avait hébergé nos émissions pendant trois ans, jusqu’à ce que les radios « libres » fussent autorisées en France. Et combien avions nous débattu, Manex et moi, à propos de l’actualité basque, trouvant souvent des points de convergence, lui, le futur militant d’Eusko Alkartasuna, et moi plus proche de copains du PNB, mais ayant rencontré à diverses reprises Carlos Garaikoetxea, le lehendakari (chef du gouvernement basque) qui aura, entre autres, créé Euskadi Irratia, la radio publique basque, sous la direction Iñazio Arregui, et dont je serai le premier correspondant quotidien en Iparralde, avant de se séparer du PNB pour fonder E.A. !

Après ces souvenirs personnels, je fais appel à une biographie traduite par Maite Ithurbide d’après un entretien enregistré en basque pour « Euskonews », la revue numérique de la société d’études basques Eusko Ikaskuntza.

Manex Pagola, né à Lantabat (Basse-Navarre) le 28 juin 1941, cinquième d’une famille de six enfants. Scolarité aux collèges d’Hasparren, Mauléon et Ustaritz, puis aux grands séminaires d’Auch, Dax et Bayonne. Coopérant enseignant en Algérie (Constantine). Marié, deux enfants.

Ancien membre de la direction du Musée Basque de Bayonne. Doctorat en anthropologie culturelle à Bordeaux III. Cofondateur, entre autres, de Seaska, de la radio Gure Irratia, du collectif Euskal Herriko artistak (Artistes du Pays Basque). Auteur compositeur (mélodiste) de chansons basques.

- Comment avez-vous commencé à écrire ?

En 1970, j’avais 29 ans et je venais de commencer à travailler au musée basque. Alors la référence de la culture basque était le musée basque. Il n’y avait pas d’autre lieu pour approfondir la langue basque et la culture basque. Aussi j’ai eu l’occasion de connaître beaucoup de gens. La plupart des bascophiles qui avaient des projets ou des recherches à faire, passaient par le musée basque. C’est moi qui leur faisais souvent l’accueil. C’est là que je pris conscience que la documentation se trouvant au musée était plus importante que je ne l’imaginais. Je m’étais rendu compte de l’importance et de l’étendue de l’apport du Pays Basque sud. Dans ces années-là j’étais perdu. Je ne savais plus quel Pays Basque j’avais en tête et j’avais commencé des études d’ethnologie. J’ai continué les études jusqu’au doctorat d’anthropologie. Je voulais donner une touche scientifique à la connaissance que j’avais du Pays Basque et ceci m’avait motivé pour faire ces études. Je me posais des questions : quelle relation a l’histoire avec la culture, la culture avec l’économie, la sociologie...

Il est vrai, que j’avais déjà commencé à écrire des chants, environ à l’âge de 17 ans. En 1958, j’avais publié mon premier chant dans le journal « Panpin » : « Zikilimarro », un chant pour enfants. J’écrivais dans « Herria » et dans « Enbata ».

- Le Musée Basque était alors un lieu de rencontre pour la culture basque ?

Oui, c’était un lieu de rencontres. Si des jeunes avaient un projet d’étude, ils venaient au musée consulter nos fonds de documentation... Là ils s’inspiraient pour un projet d’étude. Les étudiants aussi y venaient souvent. A cette époque il n’y avait rien à Bayonne. Pas de faculté, pas d’association basque, de radio basque, la seule référence était le musée basque.

- C’est quand vous étiez au musée que vous avez ressenti l’intérêt croissant pour la culture ?

Oui. Dans les années 1970 nous avions commencé à publier notre travail. Nous avions tous une volonté commune : faire prendre conscience aux gens de la valeur de la culture basque. La société glissait au français majoritairement. Dans les concerts les chants étaient en français. Tous les loisirs étaient en français. Nous voulions attirer le public en lui offrant le chant basque. Quelques orchestres commencèrent à mettre dans leur répertoire des chants basques. Il y avait un orchestre très réputé qui s’appelait « El Fuego ». Ce fut le premier orchestre qui donna quelques chants en basque. Il y avait des chants de « Ez dok Amairu », les miens, ceux d’Etchamendy et Larralde... C’étaient des airs qu’on entendait pour la première fois sur les places.

(…) Il y avait beaucoup de ponts entre le Pays Basque Nord et Sud ?

Moi je n’y allais que pour chanter, mais il est vrai que les chanteurs avaient moins de problèmes en chantant côté sud que côté nord. Pour la police espagnole, nous étions considérés comme français et c’était plus problématique pour eux d’arrêter des gens du nord. Nous étions souvent sollicités. J’ai chanté au sud jusqu’en 1974 dans une centaine d’endroits. Des relations s’étaient créées avec les chanteurs Lete, Lertxundi, Iriondo, et d’autres aussi. Nous organisions des concerts ici et nous les invitions. Cela était aussi une nouveauté.

Quand nous allions au sud il y avait une ambiance extraordinaire, un public énorme, des abertzale.... Alors qu’ici c’était plus dur. Il y avait peu de gens lors de nos premiers concerts. Ils firent courir le bruit que nous étions des révolutionnaires, des rebelles, qui ne parlions que de sujets anarchistes.

Ceci nous amena à organiser un spectacle « Zazpiri bai » (oui aux sept provinces), un spectacle grandiose pour lequel nous avions fait beaucoup de publicité et qui obtint un grand succès devant un public nombreux. Il y avait jusque-là un public pour le théâtre, l’improvisation. Lors de nos concerts pour attirer le public, nous faisions du théâtre, des bertsus avec Xalbador, Mattin, Ezponda.... On essaya de jouer avec ces forces. Nous voulions entrer dans ce mouvement.

- Au début, vous chantiez, mais la plupart de vos chants ont été donnés par d’autres chanteurs ?

Mon objectif était que mes chants soient chantés par les autres. J’aimais écrire les paroles des chants et la mélodie. Mais une fois fait, pour le travail de mise en orchestration et chanter sur les places je n’ai eu ni le temps ni l’envie. Du côté technique il fallait avoir des connaissances et moi je ne me suis pas senti capable de réaliser cette orchestration professionnellement. Il fallait du temps, et moi je n’en avais pas, j’étais occupé dans d’autres affaires. C’est pour cela que j’ai écrit des chants pour les autres. Et puis je me suis rendu compte que ces chanteurs avaient du talent : Peio et Pantxoa, Erramun Martikorena, Anje Duhalde, Maite Idirin... Cela me suffisait qu’ils

Les obsèques de Manex Pagola se dérouleront à Urt lundi 11 juin prochain à 15h30.

Goian bego. R.I.P.

Alexandre de La Cerda

 

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