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la lettre du Pays-Basque

Portrait

In Memoriam : Claude Pelletier

Claude Pelletier © DR

Samedi dernier, il y avait 25 ans, jour pour jour, que Claude Pelletier disparaissait. Yves Ugalde a consacré un billet émouvant à cette remarquable figure bayonnaise de la tauromachie que j’ai bien connue au temps de Radio-Adour-Navarre où il est intervenu plus d’une fois dans de nombreuses émissions. Dans un article du « Monde », Francis Marmande a décrit avec son talent ce « formidable professeur de français en lycée technique, journaliste, érudit, auteur de nombreux ouvrages de tauromachie, « bayonnais » comme d'autres sont mystiques (…) Fils du boulanger de la rue Passemillon, à deux sabots de la rue Vieille-Boucherie, Pelletier fut un conteur exceptionnel. Fou de langue française, fou de folie, il n'aimait pas : il se passionnait. N'entendant parler que de toros (les taureaux sauvages) à la boulange, dans la rue, dans ce quartier où se pressent les réfugiés et les pourchassés de la Guerre d'Espagne, Pelletier rêve de toros. À 7 ans, il voit sa première corrida. Les trois nuits d'avant, et les sept mille qui suivent, il n'en dort pas ».

Claude Pelletier m’avait dédicacé ainsi son livre sur « La tauromachie et les Basques » : « A alexandre de La Cerda, ce « brindis » d’une Peña qui prétend que rien n’oppose Tauromachie à « basquitude », tant il est vrai qu’aucun peuple ne détient le monopole du courage et de la grandeur. Et les Basques, l’histoire nous l’apprend, l’ont amplement prouvé ».

Je cède maintenant la plume à Yves Ugalde.

ALC

 

25 ans...le temps suffisant pour que ce nom ne corresponde déjà plus à du vivant et du palpable pour toute une nouvelle génération de jeunes Bayonnais.

25 ans que cet homme me manque au point qu'un des ressorts de mon rendez-vous quotidien sur ce mur face book réside, pour une grande part, dans le vide qu'il a laissé dans ma vie. On écrit souvent parce qu'on a lu quelqu'un. Et si j'écris, en tous cas sur ma ville et sa région, c'est parce que je me sens aspiré par l'écriture enlevée et pleine de souffle de Claude. Non que je me risque à un plagiat, ce qui serait la pire des façons de rester fidèle à son esprit de liberté, mais que je veuille modestement, obstinément, continuer de porter la relation de ce que notre bout de France a de particulier et d'étonnant.

Sur le mur qui voisine avec la loge du concierge des arènes de Bayonne, il est placardé un texte, conclusif de sa formidable saga "Sept siècles de premières", intitulé "Aux Bayonnais des temps futurs". Comme une prémonition d'une fin de parcours imminente, ce codicille qui va rejoindre rien de moins que François Villon à sa toute fin, est une ode à la transmission d'un héritage commun qui fait toute la grandeur d'une ville d'histoire. Une lettre d'amour à Bayonne, sans prononcer son nom. Il n'est pas une saison d'été sans que je m'arrête au pied de ce panneau et le lise et le relise. Ses lettres sont progressivement mangées par le chaud et froid des coursives et il a été décidé de les raviver dès cette année par un autre support. La petite flamme ne s'éteindra pas cette fois encore...

Ces mots, 25 ans après, sont d'une acuité brûlante dans un Bayonne et un Pays Basque qui ne font pas l'économie de la mondialisation des idées et des modes de vie. Ils aident à entrer en résistance contre l'uniformisation des cerveaux, les modes du politiquement correct. Avec eux, on se sent obligé par un cortège de mémoires et de pairs sans lesquels nous n'aurions aucune raison de nous sentir pleinement différents des autres et pourtant si solidaires.

Ce petit mot du jour, obstiné, sans absence, se veut une réponse à la dédicace dirimante que Claude a, un jour de foire exposition, sur le champ de foire à Paulmy, a posée, de son écriture pleine et déliée de prof soucieux de la forme autant que du fond, sur la page de garde du livre qu'il m'offrait. Ma façon de ne surtout pas couper le fils ténu de notre grande histoire, faite souvent d'une succession de toutes petites.

Juste après la cérémonie de son enterrement, à Saint Amand, pour la seule fois de ma vie, je me suis senti contraint de marcher. Et j'ai marché pendant deux bonnes heures, seul, dans ce quartier des Castors où j'ai beaucoup parlé avec lui, dans le fol espoir de croiser une élégante silhouette qui me l'aurait fait revivre. Et ce jour-là, je lui ai fait la promesse d'écrire, et d'écrire beaucoup sur cette ville dont le seul nom nous fait frissonner.

Je peux bien le dire, 25 ans après, si je conte souvent au lieu de parler, si mon écriture foisonne où il convient désormais d'assécher les phrases, si j'embrasse et touche autant de mains et d'épaules, c'est parce que je cherche déjà celui ou celle qui prendra le relais de la fabuleuse histoire dont Claude nous a fait prendre conscience.

Il y eut avant lui de grands experts du passé qu'il faut avoir lus, de Cuzacq à Hourmat. Mais lui ajoutait son talent et sa passion du présent dans l'évocation des faits les plus reculés. Claude parlait du passé au temps présent. Dans ses livres, dans ses conférences, et, plus encore, dans ses conversations, il se faisait un devoir de faire de vous le contemporain du héros oublié.

Une sorte de génie ami qui, j'en suis sûr aujourd'hui, a orienté une grande partie de mes choix de vie publique et intime. Homme de fête, de nuits de palabres interminables, parce qu'on ne sait jamais de quoi demain sera fait, il n'aimait pas les maîtres à penser ou à vivre. Désolé Claude, mais pour moi...

Yves Ugalde

 

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