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Exposition

Guggenheim à Bilbao : Giacometti, « le météore de l’angoisse »

Alberto Giacometti à la 31e Biennale de Venise, 1962 © Paolo Monti

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La rétrospective de plus de 200 sculptures, peintures et dessins couvrant 40 ans années de la production d’Alberto Giacometti, un des artistes les plus influents du XXe siècle, a été organisée par le Musée Guggenheim de Bilbao en collaboration avec la Fondation Giacometti de Paris et avec le soutien du groupe énergétique espagnol Iberdrola après avoir été présentée au Musée national des Beaux-Arts de Montréal ainsi qu’au Musée Guggenheim de New York. Quatre périodes déterminent le souffle de cet artiste hors norme : le néo-impressionnisme, le cubisme, le surréalisme et le retour au figuratif.

Autour de la figure humaine, thème central de son œuvre, le fils du peintre Giovanni Giacometti (1901-1966) sculpte des portraits néo-impressionnistes de sa famille et de son entourage. Le premier visage qu'Alberto Giacometti dessina, à douze ans, était celui de sa mère, Annetta.

« Depuis toujours, la peinture, la sculpture ou le dessin étaient pour moi des moyens de me rendre compte de ma vision du monde extérieur, et surtout du visage et de l'ensemble de l'être humain ou, plus simplement dit, de mes semblables, et surtout de ceux qui me sont les plus proches pour un motif ou un autre ».

Originaire de Borgonovo dans le canton des Grisons, Alberto Giacometti étudia avec la rigueur suisse les rudiments du dessin aux Beaux-Arts de Genève. En 1922, il se rendit à Paris, en pleine effervescence artistique en ces débuts du XXème siècle. Il s’installa dans une pièce exiguë du 14ème arrondissement près de Montparnasse, où le rejoindra son frère Diego, également sculpteur, et s’inscrivit à l’Académie de la Grande Chaumière, dans l’atelier du sculpteur Antoine Bourdelle. Il fréquenta les intellectuels dont il réalisa les portraits, tel celui à l’huile de Jean Genet.

Autour de lui, les artistes du « Bateau Lavoir », dont, entre autres Jacques Lipchitz, Henri Laurens, Constantin Brancusi et surtout Picasso en pleine ébullition créatrice, l’initient au cubisme et à l’art africain, à l’art de la Grèce Antique. Il synthétise ces influences dans une œuvre gargantuesque et monumentale, la « Femme cuillère » (1927) en hommage à la fertilité féminine, une de ses premières œuvres, tout d’abord en plâtre puis coulée en bronze.

Progressivement devenu existentialiste, il délaisse le dessin classique : naît alors d’un seul jet « la Tête » (1929), façonnée à la surface polie dépourvue de volume. Utilisant un langage très personnel, il abandonne le dessin classique pour le cubisme.

A cette époque de l’entre-deux -guerres, il fit la connaissance de Louis Aragon, Salvador Dali et illustre des livres d’André Breton en intégrant le mouvement surréaliste créé par ces deux derniers en 1924. Ils se rencontraient à la « Closerie des Lilas » pour boire un verre… Et, influencés par la psychanalyse, ils retranscrivaient le monde à leur manière : « Objet désagréable » (1931) est la sculpture la plus emblématique de cette tendance faisant écho aux fantasmes de la poésie de Georges Bataille.

« En travaillant d’après nature, d’un modèle (à partir de 1935), je suis arrivé à faire des sculptures minuscules : trois centimètres. Je faisais ça malgré moi. Je ne comprenais pas. Je commençais grand et je finissais minuscule. Seul, le minuscule me paraissait ressemblant. J’ai compris plus tard : on ne voit pas une personne dans son ensemble jusqu’à ce qu’elle s’éloigne et deviennne minuscule ».

Le sculpteur  fixe ses personnages allongés, stylisés, composant un groupe de figures longilignes à la El Greco, ancrées sur un socle évoquant l’image d’une forêt et traduisant ainsi sa vision si personnelle de l’humanité, comme dans «  La Forêt » (1950). Après la guerre - il s’était réfugié en Suisse -, il revint en France. Ces sculptures devinrent minuscules, puis reprirent de la hauteur pour devenir longilignes et disproportionnées. Contrairement aux autres artistes de l’époque, il emploie le plâtre ou l’argile comme prémaquette, plutôt par goût de ces matériaux qu’il griffe.

L’histoire d’Alberto, c’est aussi celle de Diego : psychiatre et écrivain, fille du professeur Jean Delay et sœur de la romancière Florence Delay, Claude Delay, leur a rendu hommage dans son livre au rythme binaire  « Giacometti Alberto et Diego, une histoire cachée » édité chez Fayard (2008). Deux frères inséparables reliés par un filtre invisible de l’amour filial :  Alberto, « le météore de l’angoisse » et Diego, le bénéfique, que Claude Delay avait connu dans une misère noire à Paris.

Jusqu’au 24 février, exposition « Rétrospective, Alberto Giacometti » au musée Guggenheim à Bilbao. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 20h. Le Musée sera fermé le 25 décembre et le 1er janvier.

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