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Patrimoine

Ferdinand de Lesseps s'expose dans « L'Épopée du canal de Suez »

L’installation du portrait de Lesseps © DR

L'Institut du monde arabe à Paris a débuté le mois dernier son exposition « L'Épopée du canal de Suez, des pharaons au XXIe siècle » qui se prolongera jusqu'au 5 août. A cette occasion, on y retrouvera le portrait de Ferdinand de Lesseps prêté par le musée Bonnat-Helleu de Bayonne qui présente l’ingénieur français alors en poste à Rotterdam en 1840. À cette date, le jeune diplomate avait déjà été consul en Égypte (1832-1837) et avait déjà sympathisé avec Saïd Pacha qui lui accordera la concession pour le percement du canal de Suez... Le tableau côtoie le buste de Ferdinand de Lesseps par Auguste Maillard ainsi que la représentation sculptée du chien de Lesseps, « Daisy », et l'effigie de Saïd Pacha par Charles Auguste Arnaud vers 1860.

Le 6 août 2015, à l’issue d’une année de travaux titanesques, l’Egypte inaugurait un nouveau canal de Suez : 37 km doublant le canal « historique », lui-même élargi par ailleurs sur 35 km. Une magnifique occasion pour l’Institut du monde arabe de consacrer une exposition à cette voie d’eau unique en son genre, percée entre 1859 et 1869 sous la direction de Ferdinand de Lesseps.

Bien plus qu’à une simple visite, c’est à une expérience immersive que convie l’exposition, au fil d’un parcours structuré depuis quelques 1800 ans avant J.C., lorsque les pharaons, de Sésostris III à Ptolémée II, ordonnèrent le creusement d’un premier canal destiné à faire passer des embarcations du Nil à la mer Rouge, qui sera régulièrement désembourbé jusqu’au début de la conquête arabe. L'exposition plonge également le visiteur dans l'ambiance de l'inauguration en grande pompe du canal, le 17 novembre 1869, en présence de l’impératrice Eugénie, ce qui privera d’ailleurs Biarritz de sa présence. Un événement politiquement sensible : la construction ayant été confiée par le vice-roi égyptien à un ingénieur français - Ferdinand de Lesseps - et soutenue par Napoléon III, les britanniques craignent l'influence française ne devienne trop grande dans cette région du monde. Or, la zone, au milieu des routes la reliant à l'Inde et au reste de son empire, est éminemment stratégique pour la Grande-Bretagne.

En conséquence, la reine Victoria n'assistera pas à l'événement…

Le Bayonnais Ferdinand de Lesseps

Né le 19 novembre 1805, ce diplomate, créateur du canal de Suez en Egypte et pionner de celui de Panama en Amérique, était issu d’une vieille famille bayonnaise qui a donné son nom au quai sur l'Adour bordant la partie ouest du quartier Saint-Esprit à Bayonne.

Les Lesseps étaient une famille bourgeoise de Bayonne anoblie en 1777 en la personne de Dominique de Lesseps, ministre du roi de France à Bruxelles. Parmi les membres les plus connus de cette famille on trouve précisément son petit-fils Ferdinand de Lesseps, le célèbre créateur du canal de Suez. Il était né à Versailles le 19 novembre 1805. Son père, Mathieu de Lesseps, était diplomate de carrière, et se trouvait alors en congé. Quant à l’oncle de Ferdinand – c’est-à-dire le frère aîné de son père - Barthélemy de Lesseps, c’est celui qui avait appareillé sur le navire « L'Astrobale » avec La Pérouse et qui avait apporté au roi Louis XV des nouvelles de l'expédition après une odyssée de quatorze mois à travers l'immensité glacée de la Sibérie !

Or, la carrière diplomatique du père de Ferdinand de Lesseps ne fut pas moins aventureuse : elle le conduira dans divers postes consulaires sur les bords de la Méditerranée, Maroc, Lybie, Espagne. Entre 1803 et 1804, Bonaparte lui confie les fonctions de commissaire général en Egypte. Avec une grande clairvoyance, Mathieu comprit tout de suite le rôle que pouvait jouer, dans le gouvernement du pays, Méhémet-Ali que certains considèrent comme le véritable fondateur de l'Etat égyptien moderne. Mathieu de Lesseps ne cessa de soutenir le pacha dans l'ascension de celui-ci vers le pouvoir, et lorsqu'il devint vice-roi, lui assura le soutien de la France. De là naquirent des liens d'amitié qui auront leur importance, cinquante ans plus tard, dans la destinée du créateur du canal de Suez, ainsi que les liens de parenté qui unissaient sa mère à la Comtesse de Teba y Montijo.

Effectivement, Madame de Lesseps, sa mère, était née Catherine de Grivegnée, famille d'origine flamande et espagnole d'adoption. Ferdinand, était souvent reçu à Madrid chez sa cousine germaine la Comtesse de Teba y Montijo. Il y rencontrait une jeune fille, Eugénie, qui allait devenir Impératrice des Français. Des liens d'amitié très étroits unirent Eugénie à Ferdinand de Lesseps qui en plusieurs occasions eut recours à Eugénie – qui était donc sa nièce - pour se concilier la faveur de l'Empereur Napoléon III.

Puis, à l'âge de 20 ans, sur les instances de son oncle Barthélemy, Ferdinand de Lesseps fait ses premières armes dans la carrière diplomatique. Aux côtés de son oncle, il est pendant deux ans attaché d'ambassade à Lisbonne. Puis il passe quelques années auprès de son père, chargé d'affaires à Tunis. En 1835, Ferdinand est nommé en Egypte, en qualité de vice-consul à Alexandrie. A cette époque, Méhémet Ali était en train de moderniser l'Egypte et d'entreprendre de grands travaux avec le concours d'ingénieurs européens, parmi lesquels beaucoup de Français. Le vice-roi d’Egypte confiera même à Ferdinand de Lesseps l'éducation de son jeune fils préféré, Mohammed Saïd, avec lequel il s'entendit particulièrement bien et lui donna des leçons d'équitation.

Sa carrière diplomatique connaîtra cependant une éclipse : après avoir assuré des fonctions consulaires aux Pays-Bas et en Espagne, Lesseps est désigné en 1849 pour mener les négociations pendant la campagne des français à Rome où il semble avoir servi de bouc émissaire pour faire passer l'échec de l'affaire romaine, sa carrière diplomatique semble stoppée.

Pendant quelques années, Lesseps devint même exploitant agricole dans une propriété de sa belle-mère située en Touraine. Il s’agissait du manoir de la Chesnaye, ancienne résidence d'Agnès Sorel, qu’il s’employa à restaurer. Il n’oublia pas pour autant d'anciens dossiers de son premier séjour en Egypte, entre 1832 et 1837, en particulier les travaux accomplis dans l'isthme de Suez et l'étude faite pendant la campagne napoléonienne, ainsi que celle de l’ingénieur Linant de Bellefonds. Lesseps s'était pris d'une passion pour le projet qu'on appelait à l'époque le "Canal des deux mers". Il avait même rédigé, en 1852, un mémoire sur la question, qu'il avait fait traduire en arabe et remettre au vice-roi ou khédive d'alors, Abbas-Pacha. Mais cette première démarche n'eut aucun succès.

Deux ans plus tard, Ferdinand de Lesseps apprend qu'Abbas-Pacha vient de mourir et qu'il est remplacé par un des derniers fils de Méhémet Ali, Mohammed-Saïd, qu'il avait bien connu lors de son premier séjour en Egypte. Il lui écrit aussitôt pour le féliciter et reçoit de Saïd une invitation à se rendre en Egypte. Le 7 novembre 1854, il débarque à Alexandrie et soumet au khédive le sujet qui lui tient à cœur. Le 30 novembre 1854, Mohamed-Saïd accorde à "son ami Ferdinand de Lesseps le pouvoir exclusif de constituer et de diriger une compagnie universelle pour le percement de l'isthme de Suez et l'exploitation d'un canal entre les deux mers" (Méditerranée-mer Rouge).

Après trois années de démarches incessantes, Lesseps procède le 15 décembre 1858 à la constitution définitive de la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez.

Le premier coup de pioche est donné le 25 avril 1859. En dépit de multiples difficultés techniques et diplomatiques, le canal sera percé. Long de 162 km, large de 54 m sur une profondeur  de 8 m, il sera inauguré le 17 novembre 1869, en présence de l’impératrice Eugénie qui, à cause de cet événement, ne se rendra pas à Biarritz cette année-là. L'empereur d'Autriche François-Joseph était aussi de la fête et Verdi compose à cette occasion « Aïda » pour inaugurer le nouvel Opéra au Caire. Une nouvelle ville naît sur la Méditerranée, nommée Port-Saïd en l'honneur du khédive. Quant à Ferdinand de Lesseps, reçu à l'Académie des Sciences en 1873, il va également promouvoir, mais d’une manière moins heureuse dans un climat de passion politique et de scandale, le percement du canal de Panama en Amérique centrale, entre océans Atlantique et Pacifique.

L’exposition s’accompagne également d’un établissement éphémère installé sur le parvis, l'Alexandrie Café, qui propose de quoi se restaurer et un excellent thé à la menthe accompagné de pâtisseries orientales, le tout... les pieds dans le sable !

Institut du Monde Arabe (1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5e, Métro : Jussieu), ouvert tous les jours (sauf lundi) de 10h à 18h, WE et jours fériés jusqu’à 19h -  Tarifs : entrée 12€, tarif réduit 10€ et 6€. Réservation : 01.40.51.38.14 - Site web : www.imarabe.org

ALC

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