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la lettre du Pays-Basque

Tradition

Du vêtement dans la tradition biblique

Le symbole du vêtement et, très souvent, celui du manteau, traversent le récit biblique en de nombreux passages, pour désigner celui qui le porte en égard à sa mission et à l’exercice de sa vocation. Le caractère semblant « suranné » du texte ne doit nullement nous éloigner de la signification contenue dans la narration elle-même.

 En cette période hivernale s’achevant par les pluies de printemps qui durent depuis octobre dernier, parler du manteau est sans doute exclusif, au moins pour la plupart des sujets qui durent en cette saison passée renoncer à leurs duvets, fourrures et autres vêtures de vison, de lapin ou de lièvre !

En avril, ne pas se découvrir d’une vêture est signe de protection contre les saisons et, par-delà ce sens premier du texte, on trouve dans la Bible en moult occasions des références explicites au manteau, qui parsèment l’esprit oriental, plus imagé que le nôtre en ces sujets.

Les prophètes de Baal en comprendront le sens à propos d’Elie, découragé par les menaces à la vie proférées par la reine sanguinaire Jézabel à son encontre. Le prophète se rend au désert et demande à l’Eternel de lui reprendre sa vie car, selon la foi reçue des siens, il ne vaut pas mieux que ses pères. Visité miraculeusement par un ange, il reçoit nourriture et réconfort, et se dirige vers l’Horeb. Arrivé au terme du voyage, un dialogue singulier s’engage entre Elie et... L’Eternel : « Aussitôt qu’il l’entendit, Elie se couvrit le visage avec son manteau », I R 19,13. Tradition des transmissions de la mémoire, il se souvient des paroles de Moïse selon lesquelles « aucun homme ne peut voir Dieu et survivre », Ex 33,20.”

Elie recevra mission d’aller rejoindre Elisée qui prendra sa succession dans sa mission de prophète. Le manteau de l’Eternel qu’il reçoit comme un signe de cette mission, l’accompagnera jusqu’à la rencontre. Elisée était un laboureur au champ quand Elie passa près de lui jeta son manteau sur son dos, comme une façon d’adouber son fils spirituel et lui transmettre l’esprit qu’il avait lui-même reçu.
Dans la transmission biblique, la vêture est d’une importance primordiale, et le recevoir oblige en retour aux qualités et aux missions auxquelles on se trouve appelé.
La force de la prophétie est universelle dans ce monde de l’Orient et de la Bible. Avant qu’Elie ne soit enlevé au ciel, Elisée reçoit une double part de l’esprit prophétique dont il avait été désigné. Montant au ciel dans un char de feu, Elie laisse choir le manteau de ses épaules qu’Elisée s’empressera de ramasser. Alors commence le voyage d’Elisée vers le Jourdain où « il frappe de son manteau les eaux  qui se séparent et le nouveau prophète traverse le fleuve à pied sec ».
Le geste du manteau ne doit pas faire sourire, car en Orient, ces dispositions de l’esprit sont un langage symbolique, fort de la présence divine agissante et effective. Elie et Elisée ont reçu mandat de l’accomplir dans leur vie dans la gestuelle du manteau, vêture prêtée par l’Eternel pour l’accomplissement de leur vocation.

Nous sommes bien en Orient, et la puissance divine est présente dans ces échanges que le Seigneur Jésus va à son tour côtoyer dans sa mission. La malheureuse femme atteinte d’hémorragie qui cherche à toucher le manteau du seigneur Jésus est l’une de ses manifestations de guérison du thaumaturge qu’est Jésus, qui guérit les malades et les possédés des esprits malfaisants.

Le geste du toucher est le signe par excellence du praticien qui apaise les douleurs de la vie et favorise les voies de toute guérison. Le langage du manteau ou du vêtement porte dans la tradition biblique l’empreinte de l’Eternel agissant auprès du fidèle en demande de réconfort et de protection. Lire de ces récits à la forme imagée comme des superstitions archaïques du temps passé ne suffit pas à les entendre dans leur portée universelle. Prolonger ces lectures dans leur dimension transcendante ouvre des horizons nouveaux à l’interprétation des œuvres de l’Eternel agissant par ses hommes dévoués à cette vocation avec le langage de leur temps et les formes comprises de leurs contemporains.

On comprend alors le symbole du manteau déchiré lors du procès de Jésus devant Pilate, le voile déchiré du Temple de Jérusalem, le signe du manteau de Martin, le soldat romain qui partagea le sien avec un indigent, et les signes attachés à la vêture des proches du Ressuscité, la mise en croix de Jésus découvert et nu de sa vêture.

Pour les auteurs, les esthètes et les acteurs, « le manteau de la mission » est le langage imagé de leur langage de toute interprétation. Ne sourions pas davantage, le signe du manteau parle à chacun et dévoile le fondé de sa vocation d’homme au service d’un idéal de vie qu’il porte en lui dans la vêture même dans sa personne.

François-Xavier Esponde

Légende : Martin, le soldat romain qui partagea son manteau avec un indigent

 

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