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la lettre du Pays-Basque

Tradition

De Hélette, Armendarits et Etcharry à Oñate, le Pays Basque célèbre Besta-Berri

La procession de Besta-Berri 2017 à Etcharry et les 10 ans de sacedoce de l'abbé Aldalur © AnneLC

Ce dimanche 3 juin, de nombreux villages bas-navarrais célébreront Besta-Berri ou Fête-Dieu, la plus prestigieuse cérémonie au Pays Basque, avec un mélange unique de profane et de sacré. La messe solennelle sera suivie de la procession avec la garde armée, souvent appelée « Napoléonienne » : à Armendarits, elle aura lieu à 15h30 et à Hélette, après la messe de 10 h 30 (dimanche 10 juin, « refête » après les vêpres chantées à 16 h, la messe ayant lieu à 10 h 30).

A Oñate en Guipuzkoa, la fête porte le nom de « Korpus » et s’étend depuis le vendredi 1er jusqu’au dimanche 3 juin, lorsque les ornements du baroque ornent les processions religieuses : au milieu des figures vivantes des Apôtres, de Saint Michel et du Christ, les danseurs du groupe Oñatz évolueront au son des castagnettes et du txistu. Avec mesure et élégance, ils égrèneront les danses qui sont restées liées à ce jour de la Fête-Dieu : Saint-Sébastien, banakoa, launakoa, zortzikoa et arku-dantza (la danse des arceaux), et pour finir la journée, l’aurresku et la soka-dantza. Entretemps, le samedi 2 juin à 10h30, les membres de la société d’études basques Eusko Ikaskuntza seront honorés par les jeunes danseurs d’Oñatz sur la place des Fueros (Foruen enparantza) avant de se réunir en assemblée générale au Théâtre Santa Ana où ils nommeront la mairie d’Oñate « membre d’honneur » de la société.

La Soule n’est pas de reste où ces festivités traditionnelles au Pays Basque revêtent une solennité particulière grâce à l’école Saint-Michel Garicoïts à Etcharry, par la ferveur de la cérémonie religieuse (le 3 juin à 10 h) et la richesse des costumes du défilé qui se déroulera pour la seconde année au château Oihenartia à Etcharry (à 11 h 30). C’est Mgr Alfonso de Galarreta, évêque auxiliaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, qui présidera la cérémonie religieuse (à 12h30, apéritif offert, suivi du repas paroissial, sur inscription, tél. 05 59 65 70 05).

Contrairement à une opinion inexacte mais largement répandue, malgré une certaine saveur « Empire » du fait de la présence des troupes napoléoniennes dans notre région, cette garde n'est pas le souvenir « folklorisé » de cette époque mais le vestige des milices franches armées librement par le Labourd et la Navarre, avant la Révolution de 1789. L'arme, alors, n'a plus du tout la même signification : défiler le fusil à l'épaule ou l'épée au côté une fois l'an témoigne du droit et des libertés (perdues) du pays et de ses habitants ! De nombreux villages ont conservé cette antique tradition de rendre de véritables honneurs militaires au Saint-Sacrement durant la procession de la Fête-Dieu.

Le rituel prévoit la présence de sapeurs armés de haches, d'un capitaine et d'une troupe de soldats, de lanciers et de coqs, des jeunes danseurs de l’école exécutant en une magnifique figure d’ensemble la traditionnelle « Ezpata-dantza ». Sans oublier le suisse à qui revient la responsabilité de l'ordre proprement liturgique. A Etcharry, les collégiens de l’école Saint-Michel Garicoïts, montés à cheval, ouvriront la procession ! Quant à l’animation musicale, elle est due à la fanfare paroissiale d’Etcharry, très appréciée. Rappelons que cette école dont les effectifs croissent d’année en année avait été fondée à Domezain, il y a plus de trente ans, du temps du terrible et très charismatique abbé Goyhenetche, curé de ce village souletin qui avait ainsi permis l'installation de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X au Pays Basque, il y a plus d’un quart de siècle, avant qu’elle ne déménage, il y a deux ans, de Domezain (où l’école était à l’étroit et où ce sont les religieuses qui ont pris sa place) dans le village voisin d’Etcharry ! Depuis lors, la relève avait été assurée jusqu’à il y a peu par le jeune, dynamique et très apprécié abbé Aldalur, originaire de Béhobie. L’année dernière, Besta-Berri avait d’ailleurs fourni l’occasion de fêter ses dix ans de sacerdoce avant qu’il ne se retire au couvent des Capucins Saint-Antoine d’Aurenque où il est devenu le Père Benoît Régis en la solennité du Christ-Roi, dimanche 29 octobre dernier. Il est actuellement remplacé par (le non moins jeune) abbé Gonzague Peignot.

Commentaires

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  1. A.D. Laurent MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS
    le 02/06/18 à 05h10

    OUI ! Je connais bien la cérémonie de DOMEZAIN (deux fois) puis celle de ETCHARRY (une fois) où je me suis donc rendu plusieurs fois organisée par l'Ecole-Collège-lycée St-MICHEL GARRIGOÏTZ. Par contre, je ne pourrai pas y être cette fois. L'Abbé PEIGNOT est effectivement bien jeune, encore dans cette jeunesse remplie d'idéal qui ne voit pas suffisamment loin dans les 4 dimensions mais qui est pleine d'énergie bien utile pour diriger l'établissement et organiser une telle procession, disons "résistante". J'ai failli mourir de chaleur et d'effort sur les trois kilomètres du parcours il y a deux ans à cause de mon problème cardiaque qui m'interdisait un tel kilométrage avant l'opération de 2016. Des vieux avaient dû court-circuiter le trajet le connaissant, ce qui n'était pas mon cas, j'ai donc peiné. Des bébés et des enfants souffrirent de la chaleur et du trajet en sus. L'Abbé WAGNER distribuait des bouteilles d'eau aux enfants qui les sauvèrent sans doute de l'insolation par plus 35°C en plein Soleil. Mais en tout cas le témoignage a fonctionné aux yeux ébahis de bien des conducteurs, passants... Les prestations des enfants, des "petites Maries", furent ravissantes et remplie d'une FOI fantastique ! C'est une cérémonie qu'il faut autant qu'on le peut physiquement suivre avec recueillement. Les sabres des jeunes collégiens sont de bois mais leur flamme est d'acier ! SPLENDIDE !

  2. Jean-Claude MAILHARIN
    le 06/06/18 à 05h13

    Une amie me demandait il y a quelques jours "Hélette, Etxarri, y-a-t-il une différence?" Oh oui il y a une différence! Et une grosse! Dans le cas de Hélette (et de tous les autres villages de Basse Navarre concernés), Pesta Berri ne porte plus depuis longtemps la symbolique d'origine: rituel païen/catholique, faste, luxe et volonté d'impressionner attachés au cérémoniel, symboles guerriers, etc. (On a même vu des curés s'y opposer en partie) C'est devenu une sorte de projet collectif, une petite œuvre culturelle, partagée par tous les habitants (y compris des non croyants et non pratiquants) d'une mini société de village. .... jusqu'à quand? La fête Dieu à Hélette et ailleurs c'est une parfaite représentation de la manière dont les Basques ont assimilé, détourné, embelli, ce qui était à l'origine une cérémonie religieuse (voir les pastorales) pour en faire un rituel beaucoup plus païen que catholique. ... Au point que la cérémonie des vêpres, depuis longtemps tombée en désuétude, est ressuscitée à l'occasion de la fête dieu, seule vêpres de l'année! Bien sûr les bouffeurs de curé peuvent ne pas être d'accord avec moi au prétexte des relents passéistes de telles manifestations, mais personnellement je crois qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain! Je ne crois pas qu'il faille démolir les églises, renverser les calvaires le long de routes, bruler les bibles enluminées, etc. sous prétexte que ce sont les signes de la main mise de l'église dans notre passé car tout ceci fait partie de notre histoire et notre patrimoine. Dans le cas d'Etxarri, où sont les racines de cette pitrerie (j'ai failli écrire mascarade ...)? Où est la sève populaire qui nourrit et entretient l'évènement? Y-a-t-il eu un jour Pesta Berri portée par le village d'Etxarri? Non, à Etxarri c'est une imposture qui à mon sens, a plusieurs objectifs: - La volonté de montrer que leur groupe et ses pratiques sont intégrées dans la culture locale, - Une volonté de montrer "voyez nous ne sommes pas plus "intégristes" ou "conservateurs" que vous… - Une volonté de publicité "venez chez nous, vous ne serez pas dépaysés… - La transformation en "acte rituel religieux" de ce qui ne l'est plus depuis longtemps... - L'ajout d'un élément supplémentaire à leurs marques ostentatoires d'attachement à la tradition: soutane, latin, ... - Probablement le détournement d'un rituel festif et culturel en acte d'embrigadement et de dressage de ces malheureux gosses. Non, c'est un hold-up de notre culture et ça m'est insupportable! JC MAILHARIN.


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