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la lettre du Pays-Basque

Tradition

De Chine à Saint-Jean-de-Luz et Donosti, les Rois Mages ce vendredi…

Los Reyes Magos à Saint-Sébastien © DR

Après avoir, ces dernières années, « enfourché » éléphants ou dromadaires et même utilisé le Topo, Balthazar, Melchior et Gaspard reviendront  à Saint-Sébastien ce vendredi 5 janvier en débarquant au « Gabonetako Azoka » (marché de Noël) après avoir vogué au fil de la rivière Urumea. Comme l'an passé, ils feront le tour des quartiers – où ils recevront les lettres des enfants et distribueront 2500 kg de caramels ! - en débutant à 11h au Paseo de Francia, en présence d’un public venu les acclamer en nombre. Dans l'après-midi, comme à l’habitude, Leurs Majestés accueilleront les enfants dans les salons de la mairie avant de prendre la tête de la cavalcade traditionnelle qui commencera à 18h, avec près de 500 participants (trikitilaris, txarangas, suivis du camion des pompiers et de deux bus remplis de cadeaux, et beaucoup d'animaux). Cette année, les Rois seront revêtus d’une nouvelle tenue en velours et en crêpe conçue par le jeune Santurtzi Cinthya Cubillo.

Dans les provinces basques d’Espagne, « los Reyes » continuent d’être célébrés le 6 (ou le 5) janvier, malgré des tentatives de « laïcisation » tendant à estomper la solennité religieuse au profit  d’un « papa noël » opportunément mercantile. On assiste ainsi, Outre-Bidassoa, aux cavalcades de Fontarabie, Saint-Sébastien et Vitoria, le Pays Basque célébrant les Rois à l’unisson des contrées de tradition chrétienne. Pour le plus grand bonheur des enfants qui ont coutume de recevoir des cadeaux et des adultes qui y voient souvent l’occasion de se réunir en famille ou au sein des associations ou des entreprises dont il font partie afin de prolonger l’échange de bons vœux de nouvel-an. Durant cette période les enfants de certains villages, particulièrement en Biscaye, vont quêter de maison en maison, alors qu’en Navarre, des jeunes ont coutume d’agiter cloches et casseroles, comme les Joaldunak d’Ituren et de Zubieta qui arpentent la montagne de ferme en ferme avec leurs sonnailles… Ailleurs, c’est l’occasion de faire bénir un pain spécial, souvent offert par le parrain à son filleul. Dans certains ports comme à Zarauz, une dorade remplacera même le traditionnel pain en forme de couronne parfumé de zestes de citron et d'orange, brandy et eau de fleur d'oranger, décoré de fruits confits et d'amandes effilées ! Du côté français, la tradition de la galette des rois avait déjà cours au XIVe siècle. Elle était partagée en autant de portions que de convives, plus une, appelée « part du Bon Dieu » ou « part de la Vierge », qui était destinée au premier pauvre venu.

Entre le récit de l’évangile et la légende nouée au fil des siècles, la tradition des Rois Mages demeure particulièrement vivante dans tout le Pays Basque et donne lieu à de nombreuses manifestations.

Il en est une, liée à la pêche, qui existait également dans quelques ports bretons.

Il s’agit d’un vieux privilège qui autorise les marins de Saint-Jean-de-Luz à célébrer la Fête-Dieu au moment de l’Epiphanie, époque où ils étaient encore sur terre ferme pendant les grands froids, avant de reprendre la mer vers les bancs de poissons de Terre-Neuve. Alors que le Pays Basque célèbre cette solennité au printemps avec l’apparat en Basse Navarre des gardes nationales, sapeurs et autres uniformes, à Saint-Jean-de-Luz, la procession avec le Saint-Sacrement fait le tour de l’église au moment de l’Epiphanie, précédée d’enfants habillés en Rois Mages et d’autres en aubes blanches, ce qui constitue un joyeux mélange comme on sait faire au Pays Basque ! Elle aura lieu, cette année, le dimanche 7 janvier à 15h30.

Les racines d’une antique tradition

En de nombreux villages, on allumait les « feux des rois » rappelant ceux qui brûlèrent cette nuit-là à Bethléem pour cacher l'Étoile au roi Hérode. Car, selon l'Évangile de Saint Matthieu, ces mages venus d'Orient afin d’apporter l'or, l'encens et la myrrhe au Messie dont une étoile avait annoncé la naissance à Bethléem, furent avertis en songe de ne point révéler ce lieu à Hérode auquel ils avaient rendu visite auparavant. Ils rentrèrent par  une autre route et après leur départ, un ange avertit Joseph de prendre avec lui l’enfant et sa mère et de fuir en Egypte. En effet, obsédé par les complots et redoutant un concurrent en ce Roi Messie, Hérode fit assassiner par ses sbires tous les garçons de moins de deux ans, ce fut le massacre des Innocents…

Bien plus tard, la tradition fixera leur nombre à trois et leur attribuera à chacun une race différente : Melchior, blanc ; Balthazar, noir et Gaspard, jaune. Entre temps, leur culte se répandit au XIIe siècle, après le dépôt à la cathédrale de Cologne de leurs « reliques ». Reliques voyageuses, car découvertes en Perse par Sainte Hélène (mère de l’empereur Constantin), puis transférées de Constantinople à Milan d’où une partie échut à Cologne, contribuant à la renommée de la ville qui en a gardé trois couronnes symboliques dans son blason. A la même époque, le prêtre rhénan Johannes von Hildesheim fut à l’origine d’une légende qui continue de fasciner : des centaines d'articles scientifiques importants leur ont été consacrés au cours du dernier siècle ! Etoiles filantes, comètes, conjonctions planétaires : des chercheurs ont échafaudé toutes les hypothèses astronomiques, jusqu’à compulser d’anciens traités chinois et coréens afin de retrouver la trace de la fameuse étoile.

Dans leur essai d’interprétation des descriptions fournies par les textes sacrés, les rationalistes s’efforcent évidemment de prouver un phénomène authentique auquel il conviendrait d’ôter son caractère de signe miraculeux. Mais, 2000 ans après les faits, force est d'admettre que le mystère des Mages et de l’étoile qui les a guidés demeure entier, et les avis partagés.

On a évoqué des astrologues de Babylone ou des « mages », peut-être des adeptes de croyances zoroastriennes mais au courant des grandes prophéties messianiques qui auraient observé une triple conjonction de Jupiter et de Saturne dans le signe des Poissons, ce qui signifiait que ces deux planètes s’étaient trouvées par trois fois alignées par rapport à la terre dans la constellation du poisson ? Or, certains chercheurs auraient déterminé que depuis 4000 ans, ce phénomène n'avait eu lieu qu'en 8690 et en 7 avant notre ère, période proche de l’année réelle de la naissance de Jésus Christ.

Récemment, encore, un docteur en théologie de l’université Harvard et professeur d’études bibliques à l’université d’Oklahoma les a fait venir de Chine ! En effet, de l’étude d’un texte syriaque du VIIIe siècle, oublié pendant 250 ans dans les Archives du Vatican, Brent Landau a conclu que les mages n’auraient pas été trois, mais « une multitude » et qu’ils ne venaient pas de Perse mais de « Shir », un pays identifié aujourd’hui avec la Chine.

Alexandre de La Cerda

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