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la lettre du Pays-Basque

Exposition

Collection des enfants Gramont : les coulisses du portrait de la belle Corisande et de sa fille

Portrait de Diane d'Andoins et sa fille Catherine par J.Pantoja de La Cruz © DR

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Jusqu’au 20 mai,
une trentaine de portraits originaux du XVIème siècle aux années 1920  issus de la collection Gramont s’agrémentent d’un ex-voto religieux du XVIIème au Musée Basque. Provenant d’artistes connus à leur époque, pastels, dessins, peintures et souvenirs de famille témoignent de ce prestigieux passé.

Cette exposition est  remise en scène pour la deuxième fois  par le Conservateur du Musée Basque Olivier Ribeton, non plus dans la capitale béarnaise - dépositaire provisoire de la collection Gramont - mais à Bayonne où régna la famille.

Une illustre famille
Originaire de Navarre depuis la fin du XIIème siècle, les seigneurs de Gramont font partie d’une des plus anciennes familles d’Europe. A Bayonne, pendant près de trois siècles, de 1496 à la Révolution française de 1789, tout d’abord maires puis capitaines et gouverneurs de la ville, les Gramont comptèrent également des prélats : un cardinal-archevêque et un archevêque. Ils résidèrent au Château-Neuf au XVème siècle, puis au Château-Vieux à partir de la fin du XVIème. Une lignée qui compte parmi ses descendants les Grimaldi, les ducs de Lauzun et de Valentinois.

Parmi les intéressantes effigies, le grand portrait en pied (170x120cm) à l’huile daté 1580 (d'après l'historien Jacques de Cauna) représentant Diane d’Andoins (1554-1621) surnommée Corisande, comtesse de Guiche et de sa fille Catherine (née environ en 1574), future comtesse de Lauzun, fascine par la rigueur sombre des costumes à l’ espagnol attribué à Juan Pantoja de la Cruz (1553-1608).

Mais quel ne fut le périple de ce portrait en pied : Docteur en histoire Jacques de Cauna, descendant de Diane d’Andoins, l’a décrit dans un bulletin de généalogie de 2013.
Le portrait de Diane d’Andoins, filleule de Diane de Poitiers, avait trôné durant trois générations sur la cheminée de la grande chambre du duc Gramont. Personne n’avait jusque-là remis en question l’origine de ce tableau de « la belle Corisande ». Grand spécialiste des Gramont, le conservateur en chef du musée Basque et d’histoire de Bayonne, Olivier Ribeton, avait émis un doute sur son l’origine.

Olivier Ribeton d’hésiter : la dame représentée sur le portrait ne serait pas la belle-mère de Corisande, Hélène de Clermont de Traves épouse d’Antoine Ier de Gramont, maire héréditaire de la ville de Bayonne, et dame d’honneur d’Eléonore d’Autriche - d’Espagne – (qui avait épousé François Ier) avant d’être celle de Catherine de Médicis ?
En 1565,  Hélène de Gramont n’avait-t-elle pas reçu la reine Elisabeth d’Espagne (Elisabeth de Valois, la Reina Isabel), fille d’Henri II de France à Bayonne ? Mariée en octobre 1549 et décédée en 1594 à Bidache à 64 ans, Hélène de Clermont, alors âgée de 35 ans, avait une fille d’une douzaine d’années, née vers 1554, Marguerite, ce qui ne correspond pas à la chronologie des dates.
Après avoir observé les traits à la sanguine du portrait d’Hélène de Gramont par Clouet ou son atelier, conservé au Musée Condé de Chantilly, Olivier Ribeton constata que le visage d’Hélène de Clermont ne ressemblait pas à celui de la collection Gramont par  la bouche, les yeux, la naissance des cheveux, l’arrondi du visage...

Mais alors, ne s’agirait-t-il pas d’une représentation de la reine Isabel (Elisabeth), fille d’Henri II, dont le portrait étonnement ressemblant réalisé par la talentueuse Sofonisba Anguissola était conservé au Prado. Mais cette dernière hypothèse fut rejetée en raison de la présence du second personnage, la petite fille Elisabeth-Isabel (venue en 1565 à Bayonne), la chronologie ne correspond pas.

« Le portrait n’aurait-il pas pu avoir été commandé par la famille de la promise à l’artiste-peintre Sofonisba Anguissola lors de son séjour de 1565 à Bayonne et offert aux Gramont peu après en prévision du mariage de leur fils. Les dates ne correspondent pas avec l’âge de l’enfant, ni la tenue de deuil de Corisande ! », explique Jacques de Cauna.

La publication « Histoire et Généalogie de la maison Gramont en 1874 » par le comte Agénor-Antoine-Alfred de Gramont, illustrée du célèbre tableau Corisande en pied vêtue « à l’espagnole » conforte l’identification première.
De plus, au bas du tableau, on lit clairement l’inscription dans un cadre de laiton : COLISANDE  DANDOINT COMTESSE DE GUICHE écrit par un espagnol.

Puis, Olivier Ribeton se posa la question de l’état psychologique des personnages du tableau.
L’air sombre de Diane d’Andoins, vêtue de noir, un mouchoir à la main, était dû à la perte de son amant Henri IV qui lui aurait préféré Gabrielle d’Estrée (1590).  Certains dirent : « elle semble triste car elle vient d’envoyer son fils le comte Agénor de Gramont à la guerre à la demande du roi Henri IV ». Ce qui expliquerait l’absence d’Antoine âgé de 15 ans. Mais ces éventualités ne coïncidaient pas avec les dates », continue Jacques de Cauna.
Ce n’est pas l’absence du fils aîné ou la perte de son amant Henri IV qui attrista la dame mais bien celle récente de la perte de son mari, en l’occurrence Philibert de Gramont, tué à la fleur de l’âge en 1580, à 28 ans, au siège de La Fère. A côté de sa mère, Catherine, née vers 1574, et donc cadette d’Antonin, deviendra la future comtesse de Lauzun.

Puis la signature question du portrait est remise en question. Olivier Ribeton hésite entre la talentueuse Sofonisba Anguissola (1531/32-1626), peintre de Cour, très en vogue et son contemporain, et l’artiste Sanchez de Coello ou son élève Pantajo de La Cruz (1553-1608) dont le puzzle des dates semblent mieux s’emboîter. Peintre de Cour, il réalisa les portraits de Philippe II et Philippe III. Son esthétique maniériste, tout comme celle de Sofonisba Anguissola, mais plus académique et figée, l’amena à peindre des accessoires. Bijoux, détails de broderie sont réalisés avec une grande minutie comme on peut le constater dans le portrait de Corisande. Habillées à la mode de la Cour d’Espagne des années 1560, la mère et la fille – figées - portent le vertugadin, austère cloche à l’espagnole, adopté entre autre à cette époque par la Reine Isabelle d’Espagne (Elisabeth de Valois).
Ainsi, dans les coulisses du tableau de la belle Corisande avec sa petite fille Catherine, on ne se douterait pas que se cachent autant d’énigmes et de contradictions !
Une austère effigie qui rappelle le rôle incontournable de celle-ci dans la situation si délicate qui opposa les catholiques aux protestants.

Jusqu’au 20 mai, Exposition « L’air de famille. Les enfants de la collection Gramont », au Musée Basque et d’Histoire, 37 Quai des Corsaires à Bayonne.Ouvert  du mardi au dimanche de 10h30 à 18h. Fermé les lundis et jours fériés.

 > Autour de l’exposition…
 ➢ * Samedi 12 mai, 15h  Visite-conférence : Antoine VII de Gramont (1722-1801) et le chocolat de Bayonne par Olivier Ribeton, conservateur en chef du Musée. Gratuit sur réservation au 05 59 59 08 98.  Dans le cadre de Bayonne fait le Pont (Journées du Chocolat). 

* Samedi 19 mai, gratuité de 18 h 30 jusqu’à 23h  La Nuit Européenne des Musées. Un voyage nocturne dans les collections permanentes et temporaires du Musée pour découvrir aussi l’exposition Gramont avant son décrochage. Jeune public 18:30 Médiation dans la salle Errobi autour de l’exposition L’air de famille. Portraits d’enfants de la collection Gramont avec les membres de l’équipe du musée

Références : article du Bulletin du Centre Génalogique des Landes, n° 107-108, 3e et 4e trimestres 2013, p. 1442-1449.publié par Jacques de Cauna 

Anne de MLC

 

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