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Patrimoine

Cambo : La Princesse Lointaine d’Edmond Rostand jouée à Arnaga

Moscou : mosaïque de Vrubel d’après « La Princesse Lointaine » de Rostand © DR

On dit communément de la pièce d’Edmond Rostand « La Princesse Lointaine » qu’elle « était restée dans l’ombre de Cyrano »… Et pourtant, à Moscou, la façade du célèbre hôtel « Métropole » n’a-t-elle pas gardé jusqu’à nos jours la mosaïque de Mikhaïl Vrubel « Princessa Gryoza » (ou la princesse des songes) réalisée d’après la fresque que le génial artiste de l’« Art Moderne » avait conçue pour la Foire internationale de Nijny Novgorod d’après « La Princesse lointaine », l’année même de la création de la pièce d’Edmond Rostand en 1895 ?
Dans le cadre des « Commémorations nationales - Edmond Rostand 2018 », le public (re)découvrira cette œuvre orientaliste de l'écrivain qui sera jouée jeudi 12 juillet à 20h30 dans les jardins d'Arnaga par la Compagnie d'Azur.
Le 5 avril 1895, présente sur la scène du Théâtre de la Renaissance « La Princesse Lointaine », une pièce en 4 actes en vers, avec Sarah Bernhardt dans le rôle de Mélissinde, fille du roi de Jérusalem. Après trente représentations, « La Princesse lointaine » quitte l’affiche en raison du départ de Sarah Bernhardt pour une tournée de plusieurs mois. Rostand est désespéré. Il imagine tout abandonner, mais son amie, qui comme Rosemonde, croit en son succès, lui dit : « On fera mieux la prochaine fois ».

L’An de grâce 1148, pendant la deuxième Croisade, alors que l’Orient et l’Occident s’affrontent en Terre Sainte, Jofré Rudel, prince de Blaye, ville dont il est le seigneur, et troubadour gascon, s’embarque pour un long voyage. Sûrement son dernier ! En effet, se sachant malade, il désire avant de mourir, voir la Princesse Mélissinde de Tripoli, qu’il aime sans l’avoir jamais vue.
Hélas ! Arrivé à bon port... le poète est trop faible et envoie son fidèle ami Bertrand quérir Mélissinde, pour qu’elle daigne venir à bord de la nef. Mais Mélissinde s’éprend de Bertrand, et réciproquement…
Or ce n’est pas un hasard si une des premières pièces de Rostand s’inspirait du chevalier-troubadour Jofré Rudel qui chantait « l'amour courtois » qu’il avait côtoyé à la Cour de Poitiers où le comte Guillaume, le premier troubadour dont les œuvres nous soient parvenues, aurait pu être son maître de poésie ainsi que son suzerain, ou bien celle d'Ebles II, vicomte de Ventadour, sa rivale. Toujours est-il que ce « rêve poétique » de l’Amour courtois et cet esprit chevaleresque, la plume d’Edmond Rostand les imprimait naturellement à « la cire » de ses héros, de Jaufré Rudel à Cyrano.

N’était-il pas dès sa jeunesse « pétri » de cet idéal inclus dans son étude « Deux romanciers de Provence : Honoré d’Urfé et Emile Zola » qui lui avait valu sa première récompense littéraire octroyée par l’Académie de Marseille ? Il y écrivait : « (…) en cette Provence amoureuse de l’Amour (c’est chez elle qu’il a tenu des Cours célèbres), et qui aime tout ce qui en parle, où jadis, dans les manoirs seigneuriaux, on attendait impatiemment la venue chaque nouvel an, avec la saison des violettes, du Troubadour, ce romancier voyageur »
Précisément, le 3 mai 1898, Edmond Rostand avait été admis comme Maître ès-Jeux à l’Académie des Jeux Floraux, « la plus ancienne société littéraire vivante du monde civilisé », et dont les idéaux correspondent si merveilleusement au chevalier-poète de l’amour courtois Jaufré Rudel. Fondée l'an de grâce 1323 par sept notables de Toulouse connus sous le nom « des sept troubadours », l’académie comptait parmi ses Maître ès Jeux Floraux des écrivains que Rostand a côtoyés ou dont il s’est inspiré pour l’épopée de Jaufré Rudel dans « La Princesse lointaine », tel Camille Chabaneau, auteur des « Biographies des Troubadours ».
« La Princesse lointaine » sera interprétée par la Compagnie d'Azur, en panache et en couleur, mêlant légèreté et profondeur, improvisation et tirades en vers : « le texte de Rostand est notre roc, ce qui n’empêche pas une mise en scène décapante et reliée au monde d’aujourd’hui » !

« La Princesse lointaine » est à retrouver aussi dans le Grand Hall d’Arnaga : pour la première fois, deux huiles sur bois vont être exposées, « Le chevalier » et « Un marinier », de la main de A.F. Gorguet qui avaient servi de modèles aux eaux-fortes pour les illustrations de l'ouvrage « La Princesse lointaine » d'Edmond Rostand paru en 1911.

Jeudi 12 juillet à 20h30, dans les jardins d'Arnaga, « La Princesse Lointaine » d’Edmond Rostand par la Compagnie d'Azur. Tarif plein : 12 € - Tarif réduit : 10 € (12-18 ans, demandeur d’emploi, personne handicapée) - Gratuit pour les moins de 12 ans.
Réservation fortement conseillée auprès de l'Office de tourisme de Cambo (tél. 05.59.29.70.25).

 

Alexandre de La Cerda, Maître ès-Jeux à l’Académie des Jeux Floraux

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