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Exposition

Bilbao : Rétrospective Zuloaga, grand maître de la peinture espagnole

Autoportrait d'Ignacio Zuloaga 1908 © DR

(Cliquer sur le 1er visuel pour voir les autres !)
A partir du 29 mai, le musée Bellas Artes de Bilbao met en scène l’art d’un des grands maîtres de la peinture espagnole : Ignacio Zuloaga (1870-1945).
Provenant des quatre coins de la planète, du musée Ignacio Zuloaga à Pedraza (Ségovie), du musée du centre national d’art Reina Sofía à Madrid, du musée national d’art de Catalogne, ainsi que des musées internationaux tels que la Société hispanique de New York, du musée d’Orsay à Paris, de la Gallerie Internazionale d'Arte Moderna di Ca'Pesaro à Venise ou du musée Franz Mayer au Mexique, ce sont au total près d’une centaine d’œuvres qui seront remises à l’honneur - depuis une précédente grande rétrospective en 1990) sous la houlette de Javier Novoa Gonzalez, commissaire de l’exposition et responsable des collections du musée, associé au chercheur-historien Mikel Lertxundi Galiana,.
Après Le Greco au XVIème, Vélasquez, Murillo, Zurbaran au XVIIème, Goya fin XVIIIème, Zuloaga - entre la fin du XIXème et le début Xxème - témoigne de la richesse de la peinture espagnole.
Ignacio Zuloaga naquit en 1870 à Eibar en Guipuzcoa, au Pays Basque. Il était le fils du célèbre damasquineur Plácido Zuloaga avec qui il travailla le décor des armes qui se fabriquaient dans sa ville natale. Son père lui inculqua l’art du dessin et de la gravure. Il continuera sa  formation scolaire chez les jésuites, au collège de l’Immaculée Conception de Vaugirard à Paris, ce qui lui permit de maîtriser la langue française. Il vécut entre France et Espagne jusqu’au début de la guerre de 1914, choisissant alors de s’établir en Guipuzcoa.
Comme en témoigne cette rétrospective, la vie de Zuloaga s’articule autour de trois grandes périodes chronologiques déterminées qui marqueront sont style :  Avant 1889-1898,  1898–1925 et 1925-1945. 
Avant 1889-1898, la période réaliste
Le beau portrait du marquis de Villamarciel, assis au milieu de la nature, au traitement impressionniste, met en évidence l’influence de son professeur Puvis de Chavannes chez qui Zuloaga se forma, entre autre, à l’Académie Huimbez à Paris. Le peintre réaliste met en scène avec poésie des personnalités anonymes comme mendiants, nains, gitans, prostituées, fondeuses de lettres, danseuses, chanteuses, picadors et toreros. A Madrid, il exposera au Salon de 1890. A Rome, le peintre découvre la Renaissance italienne (1889). Son premier tableau, « La Fuente dei Bar » (1885) (visuel 2), une  huile sur carton aux couleurs terre de sienne réalisée à l’âge de 15 ans, témoigne d’une grande technique. Presque dix ans plus tard, son beau portrait du "Marquis espagnol de Villamarciel" (visuel 3) marque un moment clé de sa formation en France. En 1895, Zuloaga séjourne à Séville.
1898–1925, tauromachie et portraits
A Séville, le peintre aborda le thème de la corrida : une grande partie de son œuvre sera consacrée à la tauromachie et aux portraits individuels ou collectifs de toreros célèbres ou inconnus. Parmi les portraits de toreros les plus importants, on compte celui de son filleul en habits de lumières, le fils d'Agustina, Albaicin. On découvrira les portraits de Domingo Ortega, de Belmonte, et plus rarement, des scènes de corrida. Un réalisme qui s’accentue avec l’huile sur toile des « Vendangeurs » en 1905. Le traitement en fond du ciel en mouvement annonce son style original inspiré du Greco.
En 1898, il s’installe à Ségovie chez son oncle Daniel Zuloaga, un des plus grands céramistes espagnols de l'époque. C’est dans cette ville castillane que l’artiste-peintre fit la connaissance de l’éminent pianiste Isaac Albeniz (1860-1909), grand rénovateur de la musique espagnole. (Voir 1 l'autoportrait d'Ignacio Zuloaga en 1908)
Du maniérisme et du baroque à Goya, Zuloaga commence à s'intéresser à la vie paysanne en Castille. Un regard parfois trop cru et pas assez flatteur qui irrita les vieilles structures de l'art espagnol, appelées l'« Espagne noire ». Pourtant, « La victime de la fiesta »  (visuel 4), un vieux picador monté sur un vieux cheval blanc à l'aspect pitoyable, connut un grand succès au Salon des Artistes français de 1911. En 1899, il épousa Valentine Dethomas, la sœur de son ami le peintre français Maxime Dethomas. Cette année-là, il passe la fin de la saison estivale à Biarritz avant de revenir s’installer en Guipuzcoa.
Au début du XXème siècle, l’artiste revient vivre en France, à Bordeaux où il exposera, puis à Paris où il fit la connaissance des peintres et écrivains qui devinrent les plus influents de leur époque :  Toulouse-Lautrec, Gauguin, Degas, Maurice Barrès, auteur du « Greco » (qu’il peindra devant Tolède en s’inspirant d’une toile du Greco), ainsi que la poétesse Anna de Noailles, née princesse Bibesco Bassaraba de Brancovan (1876-1933) (visuel 5) et issue d’une famille princière roumaine. Femme de lettres, celle-ci tenait un salon littéraire très apprécié des plus célèbres écrivains de la IIIème République : Valéry, Gide, Proust, Cocteau… ainsi qu’Edmond Rostand et Rosemonde Gérard qui l’inviteront dans leur demeure d’Arnaga à Cambo. Séduit par le lyrisme de ce personnage énigmatique, Zuloaga représenta avec une décadence décontractée la poétesse à la longue chevelure noire, le regard embrumé, à demi étendue sur un sofa (1913).
La même année que le portait de la poétesse, Zuloaga mit en scène « la Morenita » dans un portrait en pied. Entre ombre et lumière, le voile de dentelle blanche laisse apparaître le visage de la gracieuse sévillane.
Au commencement de la guerre de 1914, Zuloaga quitta la France et partit exposer à Bruxelles, Berlin, Cologne, Düsseldorf ainsi qu’à l’Exposition Internationale de Dresde. Il se lia d’amitié avec le poète Rainer Maria Rilke avec qui il entretint une correspondance fournie. Par l’intermédiaire de Rilke, le peintre fit la connaissance de Rodin dont il acquit plusieurs sculptures. A partir de 1914, il s’installa dans le manoir acheté en 1910 à Zumaya, non loin d’Eibar, en Guipuzcoa, puis il reviendra à Paris.
En 1923, au théâtre San Fernando de Séville, il dessine les décors et les costumes d’une romance médiévale : « la libération de Mélisandre par son époux Gaïféros ». Le succès de l’œuvre le conduisit à Amsterdam, puis à Paris sous la direction de Luis Buñuel en 1928.
Cependant, Zuloaga rejettera les styles impressionniste, Art Nouveau et cubiste, très en vogue parmi de ses nombreux confrères, pour se consacrer exclusivement au réalisme expressionniste traditionnel de la peinture espagnole, dans la ligne du Greco ou de Goya, en rupture radicale d'un Pablo Picasso.
De 1925-1945, une carrière en pleine ascension
Suite à sa première exposition new-yorkaise en 1910, le peintre revient aux Etats-Unis où ses peintures furent accueillis avec grand succès. A New York en 1925, Zuloaga fut reçu par le président Calvin Coolidge. Cette même année, il acheta le château de Pedraza, à 37 km de Ségovie, qu’il fit restaurer.
Entre les deux guerres, Zuloaga se consacra davantage à ses portraits. Il collabora avec le célèbre compositeur Manuel de Falla dont il peignit un portrait spiritualisé (1932). En 1928, il exécuta les décors de l’Opéra « Tréteaux de Maître Pierre » (El retablo de maese Pedro), composé par Falla en 1918-1919 sur un épisode du Don Quichotte. Parmi ses autres amis, on comptait le philosophe et homme politique Jose Ortega y Grasset ainsi que Miguel de Unamuno qui acceptèrent de poser pour lui. Près de cinq  ans avant son décès, Zuloaga exécuta son autoportrait : sous un béret traditionnel, le regard encore attentif, le col de sa chemise ouverte découvre un corps massif ! . C’est en 1945, dans la capitale madrilène que s’acheva le cheminement complexe et controversé de ce géant de la peinture espagnole.

A partir du 29 mai jusqu’au 20 octobre, exposition Ignacio Zuloaga (1870-1945) Salle 32 au Musée des Beaux Arts, Museo Plaza, à Bilbao. Du mercredi au lundi, ouvert de 10h à 20h.

 

 

  

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