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la lettre du Pays-Basque

Exposition

Biarritz : passion artistique 1918-2018

Picasso et son épouse Olga Khokhlova © DR

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Samedi 7 juillet prochain,
Biarritz inaugure au Bellevue sa grande exposition estivale « Biarritz 1918-2018 ». A l’affiche jaillit une veine d’artistes du début du XXème siècle : Gabrielle Chanel, Pablo Picasso, Jean Cocteau et Guillaume Apollinaire dialoguent avec  les plasticiens contemporains du XXIème, de Daniel Buren à Carmelo Zagari, acteurs du rayonnement artistique de la station balnéaire.

Au sortir de la première guerre mondiale, la France  avait perdu près d’un million et demi d’hommes et comptait nombre de blessés, dont « les gueules cassées ». Parmi les pays les plus « défigurés », la Russie tomba dans les mains sanglantes des bolcheviques. Les rescapés de la révolution communiste, certains membres de la famille Romanov et leurs proches vinrent s’échoir à Biarritz.

Quelques années auparavant, Gabrielle - surnommée Coco - Chanel y avait aussi débarqué depuis Moulins où elle était chanteuse de music-hall après avoir été employée dans un magasin de chapeaux. En 1915, Arthur Capel, son amant, puis un Britannique surnommé Boy, lui avaient prêté les fonds nécessaires à l'achat d'une patente et à l'ouverture d'une boutique et d'un atelier à Biarritz. Séduite par la station balnéaire pendant la saison estivale, Coco Chanel décida de les établir au rez-de-chaussée de la villa Larralde, rue Gardères. Tout d’abord modiste, elle devint assez vite une grande styliste entre Biarritz, Deauville et Paris où elle créa sa maison de couture… Pour ses chemises en soie brodée, la styliste fit appel à l’artiste Maria Pavlovna de Russie (ancienne épouse du prince Guillaume de Suède, divorcée en 1914, son fils unique le prince Liennart de Suède, avec qui elle eut peu de relations, posséda une villa à Biarritz). Adepte de la villégiature basque, elle y rencontrait, avec son frère le Grand-Duc Dimitri, ses demi-soeurs Nathalie et Irina Paley. C’est durant ces années que Coco tomba amoureuse du Grand-Duc Dimitri qui lui inspira son parfum le plus célèbre, « Chanel n°5 ». Les amants qu’elle collectionnait, telles des « muses », stimulaient sa créativité. Coiffée au carré - à la place des chignons en pièces montées -, vêtue de tailleurs confortables ou de larges pantalons, Coco Chanel libérait la femme. Ses vêtements furent ainsi portés par les plus célèbres actrices et les plus fortunées, comme son amie, la belle Aimée de Heeren qui organisait de somptueuses fêtes dans sa villa à Biarritz.

Un style décontracté « chanelisant », avec ses costumes de bain unis ou à rayures souples portés par  « Les Baigneuses » de l’andalou Pablo Picasso  (1881-1973), une petite toile (27 cm x 22 cm) réalisée pendant son voyage de noces à Biarritz en 1918.

Quel mystérieux philtre d’amour avait-il uni à une Russe sauvée du communisme, fille d’un colonel de l’armée impériale, Olga Khokhlova, ballerine des ballets Diaghilev, cet anticonformiste athée, échappé à la mobilisation du fait de sa nationalité espagnol, fondateur du mouvement cubiste avec George Braque en 1907 ? Leur mariage eut lieu onze ans plus tard à la cathédrale russe Saint Alexandre Nevski de la rue Daru à Paris.

Les deux amoureux furent invités pour leur voyage de noces à la villa « Mimoseraie »  par une collectionneuse de la bourgeoisie basque et chilienne, Eugenia Errazuriz (Eugenia Huici Arguedas de Errázuriz (1860 – 1951). Pour la remercier de son hospitalité,  Picasso peignit son portrait à main levée ainsi que plusieurs fresques dans la demeure. Malheureusement, la villa fut détruite après le décès de la collectionneuse ; cependant les peintures murales furent rescapées. Publiées dans un livre intitulé « Picasso, un été 1918 » par l’historien d’art Jean-François Larralde, des copies de celles-ci seront présentées à l’exposition.

Femme de goût passionnée d’art et de ballets, Eugenia Errazuriz avait été mécène de l'entreprise artistique de Diaghilev avec laquelle de nombreux  artistes collaboraient. En 1917, lors d’une représentation, Picasso qui avait dessiné des costumes et les décors du ballet « Parade » fit la connaissance de sa future première épouse, la danseuse Olga Khokhlova. Le mariage ne dura pas car Picasso rencontra en 1927 Marie-Thérèse Walter, sa maîtresse pendant 10 ans. Olga furieuse demanda le divorce mais Picasso refusera pour des raisons d'intérêts, le partage de biens. Ce dernier jusqu'à la mort d'Olga Khoklova, ils resteront officielement mariés laissant son épouse dans le plus grand dénument. Elle fut inhumée en 1955 au cimetière du Grand Jas à Cannes.

Témoins de ce mariage, Jean Cocteau et Guillaume Apollinaire, amis de Picasso, portèrent  « avec surréalisme» la couronne des mariés à l’office orthodoxe à la cathédrale russe à Paris. Cinq mois plus tard, en novembre, l’un plus grand poètes du XXème et précurseur du mouvement surréaliste, de son vrai nom Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, né par hasard d'une liaison hors mariage à Rome en 1880, fils d’une aristocrate lituanienne de l’Empire russe et, semblerait-t-il, d’un officier italien, naturalisé français, il s’éteignit prématurément à Paris suite à la grippe espagnole et des blessures de guerre.
En août 1918 à Biarritz, Picasso  dessina un château russe composé de cinq coupoles qui rappelait la villa Hénin a Biarritz  (détruite en 1963)  sur une carte postale à Appolinaire surlaquelle il écrivit que chaque coupole correspondait à une femme aimée . Parmi ses autres amis poètes, Picasso écrivait également à Cocteau : 

« une petite moustache effilée et brune, dont personne ne se souvient, ombrageait son visage. Ses cheveux lisses n'affectaient aucune forme de houppe », écrivait Maurice Rostand à propos du poète qui avait fréquenté le Pays Basque, la côte, et la demeure des Rostand à Cambo grâce à son amitié avec l’un des fils de la maison, Maurice, le poète.
Quelques années plus tard, en 1919, Cocteau choisit de se rendre en août à Ahusky, près de Mauléon, avec Louis Durey, le musicien le plus discret du « Groupe des Six ». L’endroit était réputé pour ses eaux thermales guérisseuses.

Sur la Côte atlantique, le portique rouge de  l’architecte Buren à l’entrée du musée Guggenheim de Bilbao témoigne du passage au XXIème. Des réalisations contemporaines, de l’expressionnisme à la figuration libre aux installations de Nina Childress, Delphine Coindet, Pascal, Pascal Convert, Denis Darzacq, Marc Desgrandchamps, Hervé Di Rosa, Annette Messager,Gloria Friedmann, Grout-Mazéas, Fabrice Hyder, Bertrand Lavier, Annette Messager, Eric Poitevin, Julien Prévieux, Barthélémy Roguo, Carmelo Zagari partageront l’espace.

A partir du 7 juillet qu’au 30 septembre. Exposition « Biarritz 1918-2018 au Bellevue à Biarritz, tous les jours de 11h à 20 h sauf le mardi.
1ère conférence de Jean-François Larralde ce mercredi 11 juillet à 17h à la médiathèque

 

 

 

 

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