Logo BasKulture

la lettre du Pays-Basque

Histoire

Bayonne : renouveau et histoire du Musée Basque !

Sabine Cazenave entourée d’Olivier Ribeton et d’Yves Ugalde © ALC

Comme nous l'indiquions dans notre "Lettre" du 30 août dernier, Sabine Cazenave a été nommée directrice conservateur en chef du Musée Basque et de l’histoire de Bayonne.
Conservateur en chef au Département des peintures du Musée d’Orsay, elle prendra ses fonctions le 1er novembre prochain. Auparavant, elle aura présenté ce vendredi, son projet ainsi que le bilan de la saison estivale du Musée Basque.
C’est entourée d’Yves Ugalde, adjoint à la Culture et président du syndicat gestionnaire du Musée Basque, et d’Olivier Ribeton, son actuel conservateur en chef, que Sabine Cazenave s’est présentée à la presse. Après avoir évoqué ses origines – un père issu d'une famille protestante d’Orthez et une mère et une grand-mère catholiques souletines, ce qui lui confère assurément une diversité culturelle et spirituelle, ainsi que des vacances passées à Saint-Jean-de-Luz - elle s’est montrée particulièrement heureuse et intéressée par sa nouvelle mission, ayant toujours privilégié alternance et complémentarité entre la capitale et les territoires. Et si elle a bien conscience d’avoir renoncé à des responsabilités qui pourraient sembler plus importantes au musée d’Orsay, Sabine Cazenave n’en a pas moins apprécié la qualité de l’institution et de l’équipe qu’elle rejoint au Musée Basque et dont elle souhaite coordonner l’action et le développement en bonne intelligence avec le musée Bonnat et son conservateur. D’ailleurs, n’avait-elle pas déjà envisagé, il y a une douzaine d’années, un projet autour des spécificités de la peinture basque de part et d’autre de la Bidassoa, avec l’ancien conservateur de Bonnat, Vincent Ducourau ? Par ailleurs, parallèlement aux projets d’expositions (trois par an) et à un certain « rajeunissement » de la présentation qui s’adapte à l’évolution du Pays Basque au XXème siècle, Madame le Directeur du Musée Basque va suivre des cours  d’euskara batua en complément aux notions de souletin héritées de son enfance !

L’occasion de revenir sur l’histoire de la fondation de cette institution emblématique du Pays Basque.
Le Musée Basque et de l’histoire de Bayonne possède plus de 70.000 objets, des documents et des œuvres d’art relatant la vie du Pays Basque, de son identité et de ses traditions, du rôle que jouait le port de Bayonne au XIX siècle. Une partie seulement de ces collections sont exposées dans les vingt salles du musée sur trois étages. De quoi faire un voyage dans le temps et dans l'histoire de notre région.

L’idée d’un Musée basque avait été énoncée au congrès d’ethnographie et d’art populaire consacré à la tradition basque qui s’est tenu en 1897 à Saint-Jean-de-Luz. Ce fut la première occasion de présenter une exposition d’histoire régionale, d’arts et de traditions populaires qui préfigura le futur musée. En sept 1913, lors de son assemblée annuelle tenue à Espelette, l’Assoc Eskualzaleen Biltzarra, la plus ancienne entité culturelle du Pays Basque, institue sur l’initiative de son président honoraire Georges Lacombe une commission de 8 membres afin d’apporter son concours à la municipalité de Bayonne dans la fondation et l’enrichissement du nouveau Musée de la Tradition Basque.
Une lettre du docteur Adrien Dutournier revendiquait l’antériorité de l’idée de cette création pour Eskualzaleen Biltzarra. Mais, il semble que cette première commission comprendra, outre Georges Lacombe, ses deux collègues « hommes de lettres » Clément d’Andurain et André Geiger ; les deux artistes-peintres Charles Colin et Gabriel Roby ; et trois architectes : Henry Godbarge, Jean-Baptiste Darroquy et Gratien Dibarrart.
Les délibérations du Conseil municipal de Bayonne en 1912 montrent que ce Musée de la Tradition Basque avait failli ouvrir à ce moment.
Mais, il y a eu la guerre de 14 et finalement, ce n’est qu’en 1922 que la municipalité de Bayonne crée Musée basque et de la Tradition bayonnaise.
Or, parallèlement à Euskalzaleen Biltzarra, Louis Colas qui était un spécialiste des stèles discoïdales et des inscriptions lapidaires (pierres) avait présenté en 1913 à la Ville de Bayonne un projet d’organisation du futur musée. Cette même année, les boiseries classées du XVIIIe enlevées de la cathédrale avaient également été affectées au musée. La maison Dagourette fut alors achetée par la Ville de Bayonne pour y accueillir les collections souvent données ou léguées par des habitants du Pays Basque. Mais ce n’est qu’à partir de 1922 que l’équipe fondatrice du Musée basque s’y installe.

Son premier directeur sera William Boissel, un officier à la retraite, originaire de Bordeaux, membre de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne. Il s’en occupe avec des bienfaiteurs qui ont des loisirs ou des métiers qui leur permettent de se consacrer au musée, en insistant sur l’aspect essentiellement rural au Pays basque où s’étaient, selon eux, le mieux conservées des traditions longtemps protégée des agressions de l’industrialisation et de l’urbanisme.
De cette époque dataient les façades d’antan, blanchies à la chaux et les jardinières de géraniums et les volets rouges s posées pour donner à cette construction un air néo-basque, presque campagnard, que nous lui avons connu dans notre jeunesse. Alors qu’à l’origine, c’était une maison de ville.

En 1939-1940, la maison sera momentanément occupée par le Foyer du Soldat. Puis le Secours National s'y installera, tandis que ses collections sont mise à l’abri à Saint-Sever en Chalosse. En 1946, la guerre terminée, les collections ont été réinstallées dans la maison Dagourette où elles se trouvent encore aujourd’hui, bien que bénéficiant d’une présentation plus moderne. Tout comme sa façade qui a retrouvé à la suite des dernières restaurations (la maison menaçant ruine) ses meneaux et ses bandeaux en pierre.

Pour en revenir à l'histoire de la maison Dagourette, ce fut d’abord une maison de négociant et un entrepôt portuaire jusqu'en 1640. Cependant, la première mention attestée de cette maison remonte au début du XVIIème siècle : Mgr Fouquet évêque de Bayonne de 1638 à 1642 et frère du célèbre Surintendant des Finances sous Louis XIV y installe l'ordre des Visitandines. Ces religieuses y séjourneront jusqu’en 1680. A la fin du XVIIe siècle, cette maison devient un hôpital civil sous le nom de Saint-Nicolas puis de Saint-Léon.
On y trouvait un tour où l’on déposait les enfants abandonnés. L'un des services offerts par cet hôpital était l'accueil d'enfants abandonnés. Rue Marengo se trouve une porte qui fut, au XVIe siècle, l'entrée principale de la maison Dagourette. À sa droite, une fenêtre aujourd'hui fermée de barreaux. C'est là que les enfants étaient déposés, dans l'anonymat. On appelait cette fenêtre « dépose bébé », « tour » ou « tour d'abandon » de Bayonne. C’était un système de tiroirs qui tournaient, et l'enfant abandonné à l'extérieur se retrouvait ainsi à l'intérieur du bâtiment. Parfois, un bout de papier ou un ruban accompagnait le bébé. Ces souvenirs permettaient de mieux connaître le milieu social de la mère.
Et plus tard, sous le Second Empire, la maison Dagourette, propriété de l'administration des hospices fut louée à divers commerçants. Le tour et la porte furent à cette époque murés. En 1922, quand la Ville de Bayonne racheta la maison Dagourette pour y loger le Musée basque, le commandant Boissel, son fondateur, fit rouvrir le tour et poser un linteau de pierre gravé : « Ici était le tour où l'on déposait les enfants abandonnés. Il disparut en 1867 ». Lors du classement de la maison en 1991, cette plaque commémorative fut enlevée, puis remise avec un vitrail offert par le maître verrier Angloy Charles Carrère, représentant un enfant dans ses langes et inspiré de la façade Renaissance de l'hôpital des Innocents de Florence où existait également un tour des enfants abandonnés.

 

 

Commentaires

Réagir
  1. Sabine Cazenave
    le 15/09/19 à 02h54

    Mon père n’était pas de religion protestante mais avait des ancêtres de religion protestante Mais bon, votre article reste assez fidèle à nos échanges. Merci Cordialement Sabine Cazenave.


En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.