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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Bayonne : la mise en valeur du château de Marracq

Le château de Marracq consolidé et mis en valeur © DR

Le maire de Bayonne Me Jean-René Etchegaray vient de procéder à une série d’inaugurations de travaux avant que les dispositions réglementaires précédant les prochaines élections municipales ne l’en empêchent. Ainsi, avec les nouvelles salles de l’Atalante (voyez l’article de Jean-Louis Requena dans notre rubrique « Cinéma »), ce sont les derniers travaux de consolidation et de mise en valeur du château de Marracq, dont il ne restait que des ruines, qui ont été « étrennés ». La Ville de Bayonne avait entrepris ces travaux depuis déjà plusieurs années afin de les préserver pour éviter leur destruction totale mais également afin de les rendre accessibles au public et révéler ainsi ce pan d’histoire bayonnaise. Du mortier avait été remis au chevet des façades ancestrales pour jointer les pierres et on avait fixé autour des fenêtres les pierres tombées auxquelles on avait encore ajouté des pierres blanches de Bidache pour compléter...

Il s’agissait ainsi dans un premier temps de stabiliser, consolider et mettre en sécurité des vestiges du château, puis dans un second temps d'aménager les espaces. Le site et ses vestiges sont ainsi durablement protégés ; l'élévation est dorénavant architecturalement cohérente. L'accessibilité du site a ensuite été améliorée grâce à :
- la mise en place d'une clôture pour délimiter le site et intégrer trois portails d’accès,
- la création de chemins d'accès en stabilisé (Parc Espace),
- la réalisation d'un garde corps pour permettre au public de s'approcher des ruines ;
- la création d'un escalier pour permettre de faire le tour complet,
- la restauration de l'arche du tunnel du sous sol.

Le colonel Guy Husson s’était beaucoup investi en faveur  de ce monument, sans doute l’un des plus méconnus de l’histoire bayonnaise classé depuis 1907 au titre des Monuments historiques.

Une histoire très riche

À l'Est de Bayonne en direction de Cambo, la traversée de l'ancien faubourg Saint Léon (sa position contre les murailles avait facilité en 1451 la prise de la ville par les Français, lesquels avaient détruit ce quartier pour éviter pareille déconvenue ultérieurement) mène au château de Marracq dont les murs furent les témoins privilégiés de grandes heures de l’histoire bayonnaise. Cet édifice avait été reconstruit au début du XVIIIe siècle à partir d'une maison existante dans le style Louis XIV par Marie-Anne de Neubourg. Reine d’Espagne de la dynastie des Habsbourg, elle avait était exilée à Bayonne par Louis XIV qui avait placé sur le trône madrilène son petit-fils le Duc d’Anjou, lequel inaugurera le règne des Bourbons d’Espagne sous le nom de Philippe V. Or, l’ironie de l’histoire voulut que Marie-Anne de Neubourg n'ait jamais réellement habité dans ce château de Marracq, paraît-il, à cause d’une contrariété : une dame de sa suite aurait occupé un appartement sans avoir pris ses ordres et avant que les travaux fussent complètement achevés. Or, moins d’un siècle plus tard, le château de Marracq sera occupé par Napoléon, précisément venu à Bayonne pour attirer dans un traquenard la dynastie des Bourbons d’Espagne et la remplacer par la sienne propre, en la personne de son frère Joseph Bonaparte, que les Espagnols surnommeront irrespectueusement « Pepe Botella » !

Voici dans quelles circonstances Napoléon logea dans ce château de Marracq. C’était au début du printemps 1808, l'Empire était alors à l'apogée de sa grandeur. Napoléon avait triomphé de toute l’Europe, signé un traité de paix avec les Russes à Tilsitt, il ne lui restait que l’Angleterre qu’il comptait mettre au pas en ruinant leur commerce extérieur. En les empêchant d'écouler sur le continent leurs produits manufacturés, et les denrées coloniales qu'ils tirent de l'outre-mer, leur économie aurait été asphyxiée, et ils auraient été défaits aussi sûrement que s'ils avaient été vaincus par les armes.
Or, le roi d’Espagne Charles IV, d’abord allié fidèle de Napoléon à Trafalgar où la flotte espagnole était aux côtés des Français, commençait à tergiverser. En particulier, quelques jours avant Iéna, les Espagnols représentèrent une menace, celle de prendre l'Empereur à revers, avant de faire volte face quand ils comprirent que la victoire lui appartenait. Quant au prince des Asturies, fils de Charles IV et héritier de la couronne qui règnera plus tard en Espagne sous le nom de Ferdinand VII, ne venait-il pas d'être accusé d'avoir comploté contre son père ? D’où l’idée d’attirer ces Bourbons peu sûrs dans un piège qui se refermera sur eux à Bayonne.
Le soir du 14 avril 1808, Napoléon se présente sur les hauts de Saint-Étienne. Les acclamations de la foule, qui se presse de chaque côté de la route, se répercutent jusqu'au fleuve : "Il arrive !..." Les chevaux du carrosse impérial sont dételés, et c'est à bras d'homme que la voiture descend la rue Maubec, jonchée de rameaux de laurier et de buis. Bien que ce soit le Jeudi Saint, les cloches des églises se mettent à sonner. Les canons de la Citadelle, du Réduit, des allées Boufflers, du Château-Vieux, tirent des salves d'honneur. C'est dans un tohu-bohu assourdissant, au milieu d'une foule exaltée, que l'Empereur découvre Bayonne. Le maire lui souhaite la bienvenue Réduit, où un arc de triomphe a été dressé…
Napoléon devait loger au palais des gouverneurs. La ville avait consenti de gros efforts financiers pour aménager cette demeure qui faisait face au Château-Vieux. Mais l’empereur refusa de s'y enfermer ! Il comptait y héberger les souverains espagnols, dont il avait manigancé la "convocation" à Bayonne, et il n'était pas question qu'il cohabite avec eux. Le lendemain matin, passant devant le château de Marracq, une des rares habitations situées en dehors de l'enceinte militaire, il trouva le portail ouvert. Il entre, visite les appartements et son choix est fait : c'est là qu'il s'installera dès le lendemain, dimanche de Pâques, sans attendre que la demeure soit aménagée ! Aussitôt, des jeunes gens viennent danser en son honneur une pamperruque, danse traditionnellement réservée à Bayonne aux hôtes de marque de la Ville. Les tentes des chevau-légers polonais qui l’escortent dressées sur le parterre devant le perron et le camp de la Garde installé à l'ombre des grands arbres du parc, sur les arrières, Napoléon peut se mettre au travail dans la partie droite du château en attendant Joséphine qui occupera la partie gauche de Marracq, à son arrivée le 29 avril suivant.
Le décor est en place et Napoléon, tirant habilement profit de la mésentente des Bourbons espagnols, pourra confisquer le trône de Madrid au profit de son frère Joseph. Une opération qui va s’avérer d’autant plus malheureuse qu’elle conduira à une guerre qui, s’ajoutant à la désastreuse campagne de Russie, précipitera la chute de l'Empire.
Mais l'Empereur n’en semble encore guère conscient : en ce début d'été 1808, la paix paraissait désormais possible. Sa correspondance indique un rythme de travail soutenu entrecoupé de revues militaires, d’excursions dans le pays et de baignades à la Chambre d'Amour et à Biarritz, à la Côte des Fous (actuelle Grande Plage). L’occasion de renouer les meilleures relations avec Joséphine grâce à une atmosphère détendue, presque familiale, que l’exiguité des lieux et l'étiquette réduite à son strict minimum rendaient propice. Quelques divertissements, la fréquentation du théâtre et une ambiance enjouée effaçaient même toute perspective de divorce. Le 21 juillet 1808, trois mois après son arrivée, rassuré sur les affaires d'Espagne, Napoléon quittait Bayonne en compagnie de Joséphine en ignorant que l’avant-veille, de l’autre côté des Pyrénées, le général Dupont avait subi un sérieux revers, en prélude à l’évacuation du Portugal par Junot un mois plus tard. Á Sainte-Hélène, Napoléon confiera à Las Cases : “Cette malheureuse guerre m'a perdu. Toutes les circonstances de mes désastres viennent se rattacher à ce nœud fatal. Elle a compliqué mes embarras, divisé mes forces, ouvert une aile aux soldats anglais, détruit ma moralité en Europe !”
Le 22 juin 1825, le château de Marracq prit feu, sans doute accidentellement.

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