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Tradition

Bayonne : ce dimanche, la solennité de saint Léon

Le martyre de saint Léon de Bayonne par Ernest Georges Bergès (Musée Bonnat) © DR

Mgr Jacques Danka Longa, évêque du diocèse de Kara (Togo), avec lequel le diocèse de Bayonne est jumelé depuis l’année dernière, présidera ce dimanche 4 mars à 10h30 à la cathédrale Sainte-Marie la messe de la solennité de la Saint-Léon. L'après-midi, à la cathédrale, Mgr Longa donnera à 15h30 à la cathédrale, une conférence qui sera suivie, à 16h, des Vêpres. La messe et les vêpres seront animées par la nouvelle Maîtrise Notre-Dame de Bayonne.

Mais quel était donc le lien de saint Léon avec Bayonne ?

On le considère comme le premier évêque de Bayonne et son saint patron dont la fête a été fixée au premier dimanche de mars ; l’occasion pour nous de plonger dans les origines les plus anciennes de Bayonne… Origines encore bien obscures, - et jusqu’à son nom actuel, Bayonne - particulièrement pour la période s’étendant de la fin de l’Empire romain jusqu’à saint Léon qui aurait donc été son premier évêque.

D’après le chanoine Goïty, l'évangélisation atteignit notre région dès le Ve siècle. Propagée le long des voies romaines qui traversaient les « cités » au sens de pays : celles des Aquensium (Dax), des Benarnensium (Lescar) et des Iloronensium (Oloron). Le territoire de Lapurdum (Bayonne) dépendait alors de Dax.

Et c’est à cette époque qu’apparaît une organisation ecclésiale qui fait résider l’évêque dans le chef-lieu de la cité. L'histoire a retenu les noms de quelques-uns d’entre eux grâce à leur participation à des Conciles. A celui d'Agde en 506 prennent part Galactoire de Lescar, Gratien de Dax et Grat d'Oloron. Mais ce n’est que vers la fin du IXe siècle que l’on trouve mention du futur saint Léon qui aurait été le premier évêque de Bayonne !

Entre légende et réalité historique

Né vers 850 à Carentan, localité normande située entre Coutances et Avranches, les mérites de Léon furent reconnus par le pape qui le sacra archevêque de Rouen avant de l’envoyer à Bayonne, accompagné de ses deux frères Philippe et Gervais. D’après la légende, vers l’an 900, les pirates normands qui sévissaient à Bayonne auraient été rendus furieux par les nombreuses conversions qu’il obtenait. Des tableaux représentent saint Léon détruisant des idoles païennes. Il aurait même réduit en miettes une statue du dieu Mars par la seule force de son souffle.

Ayant surpris Léon, les Normands tuèrent d’abord ses deux frères sous ses yeux… Et comme Léon continuait de prêcher l’Evangile, ils lui coupèrent la tête ! Or, après sa décollation, le saint évêque bayonnais fit quelques pas en portant sa tête.

Une source jaillit également au lieu où il s’effondra. Bien que déplacée il y a quelques années à cause des travaux de voirie, la fontaine qui commémore l’événement est encore en place devant les murs de la ville. Dans mon enfance, on disait que l'eau miraculeuse de la fontaine Saint-Léon soulageait particulièrement les femmes qui attendaient l'accouchement et guérissait le mal d'yeux. On blanchissait ainsi tous les ans cette fontaine à l'occasion de la procession des reliques du saint.

Le diocèse de Bayonne choisit Léon comme saint patron et solennisa sa fête ainsi que celle de ses frères le premier dimanche de mars. A Carentan, la maison où il était né se trouverait à l’emplacement d’un immeuble actuellement occupé par une pharmacie. En 1880, une importante procession conduite par Mgr Germain, évêque de Coutances et Mgr Ducellier, évêque de Bayonne se rendit en ce lieu. L’actuel évêque de Bayonne, Mgr Marc Aillet, est le successeur de Saint Léon.

Lapurdum ou Baïona ?

Mais, me direz-vous, Bayonne a pourtant été fondée bien avant le Moyen-âge, sous les Romains ? Et le diocèse a dû exister avant cet épisode de saint Léon et des Normands ? Et  d’abord, quel fut son vrai nom : Lapurdum ou Baïona ?

En fait, beaucoup d’incertitudes subsistent à ce sujet. C'est au cours du XIIe siècle que la cité troque son nom de Lapurdum contre celui de Baïona, à l'origine basque (très) incertaine : à

« Ibaï Ona », la bonne rivière, ou « Ibaï gune », le lieu parcouru par la rivière, le savant linguiste qu'était le chanoine Lafitte préférait un rapprochement avec la Bayona de Galice (province de Pontevedra en Espagne) car il est possible que sur la petite motte émergeant des terres marécageuses se trouvait implanté d'abord un habitat celtique ; au IVe siècle, un document romain mentionne la résidence dans la cité de Lapurdum d'un tribun de cohorte (500 hommes environ). Il s'agissait d'un castrum ou camp militaire, entouré d'une palissade fortifiée dont les fondations sont toujours visibles autour de l'actuelle cathédrale. Cet ensemble était relié à un port fluvial, sans doute sur la Nive, dont le souvenir est attesté par le nom des rues Port de Castets et Port de Suzeye.

Puis la ville a dû s'étendre, gagnant de l'espace sur les marais avoisinants et les remparts ont été prolongés jusqu'aux berges.

Les raids des Vandales puis, au IXe siècle, les Normands qui décapitèrent saint Léon, portèrent un coup d'arrêt fatal à l’expansion de Bayonne. Mais dès avant l'an mille les rois de Navarre et leurs héritiers les vicomtes de Labourd, issus des rois de Pampelune, fixent à Bayonne leur capitale, qu’ils reconstruisent et font renaître à la vie sociale, commerciale et religieuse. La fière cité sera à la tête d'un évêché de Lapurdum qui, jusqu’au XVIe siècle, en plus du Labourd et de la Basse-Navarre, conservera la vallée de Baztan et, au-delà de la Bidassoa, la façade atlantique jusqu'à Saint-Sébastien et Hernani.

Cette unité politique et économique, la seule qu'ait jamais connue le Pays Basque sous le sceptre des rois de Navarre, ne dura guère. En effet, Après la prise de Bayonne par Richard Cœur de Lion, les Anglais, nouveaux maîtres des lieux, s'appuient sur les Gascons pour chasser de la ville les Basques et leurs vicomtes et prévenir tout soulèvement de leur part.

Mais ceci est une autre histoire…

Alexandre de La Cerda

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