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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Anglet

Golfeurs des « Années Folles » à Chiberta © DR

La sortie de l’album que mon confrère Léon Mazzella consacre à Anglet (voyez notre rubrique « Livre ») nous donne l’occasion de rappeler quelques traits de l’histoire de ce petit village rural du Labourd mentionné dès 1188 qui deviendra par sa population (actuellement 36.000 habitants), la deuxième ville des provinces basques de France.
A l’origine, ses grandes étendues incultes servirent de pâturage jusqu’aux premiers semis de graines de pins maritimes effectués à partir de 1630 afin d’arrêter la progression des sables vers l’intérieur. Au siècle suivant, la fixation définitive du chenal de l’Adour dégagea les sables de « Gibraltar » - devenus « Chiberta » - où furent plantées des vignes (le « vin des sables ») avant la réalisation de nouveaux semis par Napoléon III au moment de la vogue des bains de mer. Le lotissement de ce « pignada » à partir de 1925 lié au début du développement démographique de la commune fournit à des architectes tel William Marcel l’occasion de créer de nombreux monuments importants à Anglet comme sur la côte basque. En particulier la villa « El Hogar, le château de Brindos, et la mairie qui témoigne d’un mariage réussi des influences hispanisantes avec le style « néo-régionaliste » épuré en vogue à l’époque. Dans son patio se déroulent d’importantes expositions artistiques.
Le fronton de Chiquito
Anglet fut également célèbre pour ses fronton, en particulier celui du Brun, construit en 1899 dans la propriété du conseiller municipal angloy Bernard Danglade. Il devait sa célébrité à Chiquito de Cambo dont la première grande partie qui l’inaugura était une revanche sur le défi ayant vu la victoire du pilotari kanboar sur le Bidartar Arrué, lequel voulait reprendre son titre : Chiquito avait 17 ans et il battit de nouveau Arrué ! Chiquito joua encore sur ce fronton devant le roi Léopold de Belgique, la Reine Nathalie de Serbie, le roi d'Espagne et Edouard VII d'Angleterre. Ces parties amenaient à Anglet, outre l'aristocratie de la région, de véritables foules d'enthousiastes ; le tramway organisait un passage le long de la route. Une photo montre Edouard VII félicitant Chiquito en présence du maire d'Anglet Albert Le Barillier et de Bernard Danglade (le 13 mars 1909). Le roi avait même été si impressionné par son jeu qu'il songea à faire édifier un fronton à Buckingham Palace et faire de Chiquito le professeur de la Cour d'Angleterre : « Vous verrez que bientôt toute l'Angleterre jouera à la Pelote basque ! » lui avait-il prédit. Malheureusement, le décès du souverain ne permit pas la réalisation de ce projet… Les plus grands champions jouèrent sur ce Fronton du Brun avec ou sans Chiquito : Trecot, Diharce, Lemoine, Eloy, Ayastaren, Embril. Et pour la main nue: Dongaïts, Léonis, Chabatané, etc. Sans compter les grandes parties de champion¬nat. Le Brun devint le rendez-vous de nombreux amateurs de tous milieux. Les membres de l'aristocratie, le vicomte de Contade, Jean de l'Espée, Christian d'Elbée, emporté par la guerre de 14, Bertrand d'Elbée et leur sœur, le grand écrivain André Lichtenberger : les amateurs de toutes classes étaient bien reçus et jouaient avec Bernard Danglade et sa fille Léontine.
Un as de l’aviation
Il s’agit de Georges Guynemer, le pilote aux 54 victoires homologuées, disparu un 11 septembre, en 1917, à l’âge de 22 ans ! Or, la vocation « aéronautique » de ce descendant de Louis XIV (par sa mère) n’avait-elle pas été réveillée lors d’un séjour à Anglet, à la villa Delphine, au-dessus de la Chambre d'Amour, que sa famille avait louée au printemps 1914 à Chiberta ? La guerre les y surprit et le jeune Georges voulut s'engager immédiatement. Son père, en tant qu'ancien officier, ne pouvait le désapprouver et l'accompagna, dans son automobile, jusqu'au bureau de recrutement à Bayonne. Mais l’apparente frêle santé de l’adolescent le fit ajourner plusieurs fois… Jusqu’à ce qu’un jour, un avion se pose en catastrophe sur la plage angloye ! Georges se précipita pour aider le pilote à remettre l'appareil en marche, tout en lui contant ses mésaventures : « Allez donc à Pau, à l'aérodrome militaire et voyez le capitaine Bernard-Thierry ! » lui conseilla le pilote en décollant. A Pau, le capitaine ferma les yeux sur « l'incapacité physique » du jeune homme et l'incorpora comme élève-mécanicien, puis, plus tard, grâce à un « arrangement », comme élève-pilote. C’est ainsi que Georges Guynemer entrera dans l'épopée légendaire de l'aviation de chasse qui, telle une survivance de la chevalerie, avait ses codes et son honneur, dans un monde où la guerre était devenue massacre de masse.
Cependant, sur son vaste territoire s’étendant de l’Adour au phare de Biarritz et des dunes du littoral jusqu’aux collines de Bassussary, Anglet a su heureusement préserver, au moins en partie, cette merveilleuse surface verte de Chiberta, avec son golf fondé en 1927 par Alfred Löwenstein. Selon une légende tenace, ce financier international aurait quitté le Golf du Phare à Biarritz pour n’avoir pas réussi à y faire admettre son chien préféré. Avec le Prince de Galles (futur duc de Windsor), de nombreuses célébrités le fréquentèrent, tel l’acteur Douglas Fairbanks qui y introduisit les premiers clubs métalliques. Haut-lieu de l’élégance au cours des Années Folles, entre les compétitions passionnées avec les champions espagnols de la Puerta de Hierro, il servit encore de cadre à des fêtes somptueuses, en particulier celles du Marquis de Cuevas au milieu des années cinquante.
Au sein de ce paradis naturel bordé par quatre kilomètres et demi de côte adossée à une forêt de 200 ha, le quartier de la Chambre d’Amour tire son nom de la légende de deux amoureux qui se laissèrent surprendre et noyer par la marée montante dans une grotte que visiteront Napoléon Ier et Joséphine, la duchesse de Berry, Napoléon III, Edouard VII et beaucoup d’autres célébrités.
Il devint, dans les années trente, un prolongement élégant de Biarritz, « oasis de luxe environnée de dunes brûlées par le soleil et protégée par une pinède odorante où les amoureux viennent, chaque dimanche, cueillir l’œillet sauvage qui embaume et faire des projets d’avenir ». Sous la pergola de la piscine préférée du Prince de Galles, parmi les tables où se pressait la société aristocratique et mondaine, « une estrade scintillante de lumières » ne désemplissait pas de défilés de mode et de fêtes somptueuses.
Ces mondanités ne masquaient pas, cependant, la profonde piété régnant dans toutes les couches de la population ; l’attachement de la municipalité à défendre les congrégations et leurs établissements au moment de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ainsi que la création au milieu du XIXe siècle par le prêtre bayonnais Edouard Cestac de l’Orphelinat du Grand Paradis. Lors du terrible hiver de 1858 qui fit de nombreux orphelins, le maire lui avait assigné « une maison contre le cimetière dont personne ne voulait devenir acquéreur ni locataire à cause de sa situation : c’est là, tout à côté de la mort, que se forma cette œuvre de vie ». Et bientôt, l’exemple aidant, des jeunes filles « que la misère avait jetées dans le vice » seront recueillies par l’abbé et sa pieuse sœur. Ce fut la fondation, dans une ferme au milieu d’une mer de sable à l’orée du pignada de Chiberta, du Monastère de Notre-Dame-du-Refuge et l’installation des Pénitentes de Marie et de la congrégation des Servantes de Marie, destinées à l’enseignement et à cultiver la terre.
Malgré les empiètements d’une urbanisation galopante, quelques maraîchers angloys se battent encore afin de garder des bribes de cette ceinture verte qui entourait l’agglomération bayonnaise : « Il y avait autrefois l'incomparable asperge cultivée par les Bernardines. Il y a toujours la pomme de terre nouvelle de Brindos au goût si particulier et, encore de nos jours, les cressonnières et le piment doux d'Anglet »… C‘est, précisément, dans la sélection de plants effectuée par les sœurs maraîchères du Couvent des Bernardines au Domaine du Refuge qu’on trouve les origines de ce piment vert au goût si particulier, à la robe brillante et allongée avec un bout légèrement recourbé. Ingrédient incontournable de la cuisine basque, son parfum varie au fur et à mesure de sa maturation mais, après prélèvement de la graine en octobre selon une sélection difficile et rigoureuse et semailles sous abri en décembre ou en plein champ en février, il doit être récolté avant son rougissement pour être commercialisé frais de juillet à novembre.
Alexandre de La Cerda

 

Commentaires

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  1. A.D. Laurent MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS
    le 20/10/17 à 09h46

    Voilà de biens précieux renseignements. Moi qui cherchait du CRESSON sans en trouver, peut-être en trouverai-je à ANGLET ? Par ailleurs je ne savais pas que GUYNEMER était un descendant de LOUIS XIV par les filles. Laquelle ?


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