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la lettre du Pays-Basque

Portrait

André Béhoteguy, au cœur des fêtes de Bayonne

Le « festayre » André Béhoteguy © DR

1 - Bayonnais de naissance, de conviction et d’adhésion, André Béhotéguy avait 86 ans lorsqu’il décéda un dimanche matin, le 13 juillet 2014, des suites d’un infarctus, dans sa ville et au milieu de ses amis.

Il fut l’âme des fêtes de Bayonne en exerçant de 1974 à 1995 la fonction de Président du Comité des fêtes de la ville. Bayonne n’avait de secret pour cet homme jovial, cordial et sensible.

Né à Saint-André, dans ce quartier de Bayonne qu’il chérissait, par ses souvenirs, et la vie intense de la population basco-gasconne. Il y vivra 35 ans près du commerce tenu par ses parents et revoyant encore les courses de vaches de son enfance qui l’amusaient et le rendaient radieux.

Au son de la xirula et des costumes des danseurs souletins, du txistu et des gaiteros, ces sonorités aigües lui rappelaient des souvenirs sans nombre qu’il aimait relater avec la verve et le ton solennel qu’il arborait pour faire sien le passé revisité de sa mémoire.

Pendant la guerre, il rappelait que les fêtes furent abandonnées jusqu’à la Libération dans le décor ancien de “la verbena”, cette décoration florale et colorée des commerces des anciennes halles.

Le jeune scolaire connut l’institution Saint Louis, rue d’Espagne, d’une scolarité brillante au milieu de nombre de futurs prêtres demeurés ses amis et ses fidèles compagnons de vie.

2 - Directeur commercial dans son métier, journaliste, homme de plume à l’« Eclair » de Pau,  André aima l’écriture, le théâtre et le chant. Cinéphile, il participait comme les enfants de son âge à la projection de films au Théâtre de la ville. Les débuts du cinéma font florès et les Bayonnais demeurent friands de ces projections où s’amasse la foule des amateurs.

André participe avec les Bayonnais aux célébrations du Centenaire du rattachement de Saint-Esprit à Bayonne (1857–1967), et se plut à endosser les costumes de théâtre du XIXème siècle pour vivre le Jour de fête en acteur séduisant.

André est dans son rôle. La mise en scène est dans sa nature. Portant haut et beau, le séducteur s’identifie à ses personnages. Bayonne le reconnait. Amoureux éternel des autres et de sa ville.

Succédant au président démissionnaire du Comité des fêtes, M. Lahet, Monsieur André devient l’âme des fêtes de la ville en 1974. Il innovera dans les usages en imaginant l’arrivée du Roi Léon, sur l’avis des jeunes membres du comité : « Il fallait, disait-il, rafraîchir les costumes chamarrés des notabilités locales », alors on ajouta le burlesque aux conventions !

La fantaisie lui plaisait, et le renouvellement du public avec ce Léon atypique de la fête attira les plus jeunes de la ville, particulièrement les parents et leurs jeunes enfants.

Selon les archives de l’époque, André Béhotéguy ouvrit la fête aux invités venus de l’extérieur, qui se succéderont au Balcon de la ville autour des maires de la cité et des invités de circonstance.

La liste des artistes, musiciens, gens de scène, acteurs, sportifs est très riche, le recrutement ininterrompu.

3 - Arnaud Saez réalisera l’affiche des fêtes sans discontinuer jusqu’à la fin de sa vie. Elles représentent une somme lumineuse des symboles contenus dans le programme annuel de juillet.

Le nombre des festayres ne cessera de croître, et Bayonne d’inscrire ces fêtes estivales dans son agenda annuel comme une vitrine à l’extérieur et à l’étranger. Il ne viendrait plus à personne l’idée de les supprimer, sinon les encadrer, mais enfin ! On est à Bayonne, et grâce à Monsieur André, la cordialité, la fraternité et la liesse populaire de blanc et de rouge sont désormais reconnus et reconnaissables chez tous ceux qui arpentent la ville, habillés, costumés et en tenue de rigueur tout au long de la semaine. D’une façon immuable la fête battra son plein durant le jour et la nuit, dans une ambiance de kermesse spontanée, simple et joviale.

André Béhotéguy aima cette vie de détente, trépidante et de diversion contenue, dans les programmes de chaque année. Il en connaissait le contenu, commentait les nouveautés, appréciait leur agencement au fil des anecdotes qu’il égrenait de mémoire. Du lâcher des clés de l’ouverture, à la messe officielle à Saint-André de Bayonne en présence des autorités, André composait le recueil immuable des festivités comme un bréviaire officiel auquel il ne fallait retirer aucune ligne, mais l’accomplir comme un programme décisionnaire. Le peuple est présent, toutes générations confondues, jeunes et moins jeunes, ainés et plus anciens, chacun disposant du privilège d’y trouver sa place et d’y revoir ses amis. De 1932 à nos jours, combien de centaines de milliers de gens, de millions désormais, n’ont-ils pas accompli ce rite festif bayonnais entre Nive et Adour, emprunté ces ponts magiques dans la foulée de monsieur André, qui rayonnait quand ses amis le reconnaissaient dans la rue et lui témoignaient leur gratitude.

« La fête est pour les jeunes, disait-il, la proclamation de leur volonté de vivre à plein, est la célébration de leur joie, de leur amitié, de leur solidarité, elle est le tremplin pour repartir et aller de l’avant ».

André Béhotéguy, élu de la municipalité bayonnaise, ne se priva pas des opportunités festives que lui procuraient ses amitiés. Doué d’une santé de fer, il savait tenir son verre et sa fourchette pour partager tout le long de l’année le bénéfice de ces rencontres délicieuses, pour cet homme de goût et jouisseur de bonne chère, dont il connaissait les spécialités et les bonnes tables bayonnaises qui les servaient. Complété, enrichi chaque année d’animations nouvelles, de journées à thèmes et de rencontres d’amitiés, le Programme des Fêtes n’aura eu de cesse de s’étoffer de propositions originales : groupes musicaux, artistes et saltimbanques, danseurs et fantaisistes, concertistes publics et bals de soirée apportaient leur diversité, encore et toujours, aux habitudes décennales des générations qui se renouvellent et aspirent toujours à des nouveautés.

Le président des fêtes d’alors avait déjà perçu les responsabilités de la sécurité engagées pour contenir la foule dans la ville et ses abords. Il comparait l’autrefois sans risque et l’aujourd’hui où tout est possible et doit être pensé, par précaution préventive.

Monsieur André aima sa ville et ses fêtes comme la manifestation incarnée d’une personne : Bayonne en fête était pour lui l’identité de la Cité dans son âme profonde. Bayonne la ville conviviale et fraternelle était chère à son cœur, car son cœur immensément généreux ne pouvait imaginer chez lui autre chose que des fêtes grandioses, de couleur, de lumière et de joie. Une ville étoilée du firmament des braves qui oublient un temps leurs labeurs et partagent le bonheur d’être ensemble ! La figure amie du curé Soubelet à Saint-André collait à ses basques. Forts en voix, forts en thèmes, tous deux faisaient chorus pour partager les clameurs bayonnaises de l’été !

François-Xavier Esponde

 

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