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la lettre du Pays-Basque

Tradition

Amitié judéo chrétienne de France, souvenirs de la section côte basque

Le Père Jean Dujardin, prêtre de l’Oratoire © DR

La disparition du père Jean Dujardin, prêtre de l’Oratoire et infatigable artisan du dialogue entre ces deux traditions religieuses - communes et différentes -, est présente dans nos mémoires.

La section Ajcf de la Côte basque assurée par les Sœurs de Sion et Francis Tréfousse organisa pendant plusieurs décennies des échanges entre les deux familles, juive et chrétienne. Implantées à Biarritz, les Sœurs éduquèrent nombre de jeunes filles dans leur pensionnat de Sion devenu un centre culturel de la ville, enfants d’origines juive ou chrétienne, sous la conduite de Sœur Geneviève Ruellan, d’heureuse mémoire. Les Anciennes Elèves de Sion et leur association animée par Mesdames Latécoère, Bréguet, Larroque (parmi beaucoup d’autres, encore - entourèrent Sœur Geneviève pour organiser sur la côte basque des rencontres qui sont demeurées comme autant de pierres de l’édifice de l’amitié judéo chrétienne.

Le Concile Vatican II et la déclaration « Nostra Aetate » concernant les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes avait concentré l’intérêt de ces familles pour accorder la curiosité de chacun et la connaissance des origines de la foi des autres. A Bayonne, entre la maison diocésaine et le centre de culture religieuse animé par Mgr Dupleix, les pères Uthurry, et Beitia, on accueillit par la suite nombre de ces conférences en lien avec les synagogues de Bayonne et de Biarritz. Les grandes dates et les événements majeurs de l’histoire de l’église eurent leur pendant dans notre cité.

Le texte des Evêques de France sur « la demande de repentance de l’Eglise en septembre 1997 vis à vis des juifs pendant la guerre », la tentative de leur extermination calculée, le silence commun de la plupart des croyants, les actions glorieuses des Justes parmi les hommes, les engagements de certains évêques en faveur de ces victimes dont il faudrait rappeler Mgrs Théas, Salliège et Vansteenberghe, donnèrent l’occasion aux fidèles des confessions juives et chrétiennes d’accueillir des conférenciers de premier niveau à Bayonne.

La section de l’Ajcf se souvient des dialogues croisés entre André Chouraqui à Bidart chez les Latécoère et à Bayonne. André Chouraqui, auteur de la bible du même nom, ancien maire de Jérusalem, et Moshe Bar Asher, président de l’Académie hébraïque de Jérusalem, furent parmi les hôtes, la conférence du Cardinal Lustiger en l’église Saint Amand de Bayonne, le témoignage de Sœur Emmanuelle – de la congrégation de Sion au théâtre de Bayonne, la présence de l’Ordre de Malte avec Henri de Tonquedec dans la collégiale de Saint-Esprit en réseau avec les œuvres humanitaires de la région, les conférences répétées du père Dujardin, parmi tant d’autres témoignages, permirent d’entretenir la flamme du dialogue pendant plusieurs décennies.

A l’heure des anniversaires, on se réunit aux Cinq Cantons de la ville de Bayonne pour honorer le consul du Portugal Souza Mendes avec Me Jean René Etchegaray, premier adjoint de la ville, les portugais, Mgr Molères, et un public nombreux.

En mémoire de René Cassin, dans le jardin bayonnais qui porte son nom, on planta un arbre de Judée, symbole de paix universelle en présence du maire Jean Grenet, de l’Ajcf, et de nombreux invités.

Le Père Dujardin aimait enseigner comme le professeur d’histoire qu’il était, avec des mots justes, expliqués, analysés et commentés dans le contexte du temps et de l’environnement de leur époque. Il institua tous les deux ans « le train de la mémoire » pour les étudiants qui voulaient se rendre à Auschwitz avec leurs professeurs, afin de ne pas oublier. Ces conférences se trouvent pour certaines dans le fonds du Centre de culture religieuse de Bayonne. Le Père Dujardin écrivit deux livres de référence : « L’Eglise catholique et le Peuple juif » ; « Catholiques et Juifs, 50 ans après Vatican II, où en sommes-nous ? ». A l’heure des débats conflictuels entre juifs et chrétiens, il fut un artisan du dialogue autour du Carmel d’Auschwitz et du projet de béatification de la reine Isabelle la Catholique en Espagne, et ses missions de bons services furent utiles. Or, la présence juive à Bayonne Saint-Esprit – « la petite Jérusalem » - a creusé des liens profonds dans la ville et entre les populations des deux traditions religieuses. L’AJCF continue aujourd’hui encore de mener ces conférences autour de Sœur Ionel Mihalovici de Notre Dame de Sion à Osteys. Cette dernière fonda avec le cardinal Tarancon la section de Madrid sous le nom de Centre des études juives espagnoles. Auteur de nombreuses monographies, Sœur Ionel a connu les aléas de la guerre depuis ses origines en Europe centrale, ses études en Grèce, en Israël puis encore à Madrid.

François-Xavier Esponde

 

 

 

Le Père Jean Dujardin, prêtre de l’Oratoire

 

 

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