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la lettre du Pays-Basque

Histoire

15 août 1978 : les Basques remportent leur deuxième victoire de Roncevaux

Pasajes : chapelle commémorant la participation de ses fils à la bataille de Roncevaux © ALC

Le 15 août 778, les Basques (ou, plutôt, leurs ancêtres montagnards vascons) battaient l’armée de Charlemagne qui venait de détruire Pampelune, leur capitale.
Xabier Irujo Amezaga, directeur du Centre d’Etudes Basques de l'Université du Nevada à Reno aux États-Unis a présenté récemment son livre « La bataille d’Errozabal et son contexte historique » dans lequel il démontre – après avoir étudié de nouvelles sources historiques – que les combats s’étaient déroulés entre la région d'Errozabal - un plateau près de la localité d'Auritz-Burguete - et les ports (cols) d'Ibañeta et de Cize. Et l’historien a privilégié le nom « Errozabal » pour désigner le lieu de la bataille pour se référer à l’opinion de l’historien Jimeno Jurío, spécialiste de la Navarre, pour qui ce nom d’origine aurait évolué de cette manière : « Errozabal », « Rozabal », « Rozavalles », « Roncevaux ». A cette époque, la largeur de la chaussée ne dépassait pas quatre mètres, et en de nombreux points, surtout dans le tronçon entre le port d'Ibañeta et Valcarlos, l’étroitesse du chemin entre les arbres procurait un avantage certain aux Basques vêtus d’habits légers et armés de lances courtes dénommées « azkonak », contre des soldats francs plus nombreux - deux légions, soit 20 000 hommes et un millier de chars - et bien entraînés, mais dont la capacité de manœuvre souffrait de leurs lourds équipements. Au dire de Xabier Irujo, la bataille fut « dévastatrice et décisive », au point que l'armée de Charlemagne fut décimée : « l'armée carolingienne avançait d’ordinaire à raison de 8,5 Km par jour alors qu’après Roncevaux, les survivants dans leur fuite ont « avalé » une moyenne de vingt-sept Km par jour jusqu'à leur retour au palais de Herstal », la résidence de Charlemagne près de Liège.
De Roncevaux à la naissance du royaume de Navarre
En 1978, le douzième centenaire de cet événement avait été dignement commémoré au Pays Basque : « L’union des Basques leur donne la victoire, de cette union naît le royaume basque de Pampelune », écrivit le grand historien Eugène Goyheneche qui prendra la tête du comité d'organisation des festivités en précisant : « Pour nous, Roncevaux est le symbole de l’union du peuple basque, la véritable bataille de Roncevaux appartient à l’histoire basque ».
Dans son œuvre monumentale « Le Pays Basque » publié en 1979, Eugène Goyheneche rappelait qu'après ses déboires devant Saragosse et l'attaque par surprise des fils de Suleyman qui délivraient leur père sur le chemin du retour (privant les Francs d'un otage précieux), Charlemagne rasait les murailles de Pampelune, afin qu’elle ne puisse se rebeller. Les Vascons voudront-ils venger cette destruction, ou bien, comme le pense le professeur Jon Bilbao, l'empereur des Francs opéra-t-il cette destruction parce qu’ayant trouvé Pampelune vide, il redouta une embuscade ? Quoi qu’il en soit, la bataille de Roncevaux s’était déroulée le 15 août 778 dans l’après-midi, sur la voie romaine qu’il avait déjà empruntée à l’aller, dans un endroit où son armée cheminait à mi-pente des montagnes et où l’attendaient les Vascons qui occupaient les crêtes ! Il s'agirait du flanc Est de l’Astobizkar et des flancs Ouest d’Orzanzurieta et de Xangoa, entre les cols de Lepoeder au Sud et de Bentarea où les Vascons « en veste à larges manches, amples culottes et éperons lacés sur – sans doute - des abarkas encore récemment utilisés par les pasteurs, rejettent par le tir de leurs javelots la lourde cavalerie franque au fond du ravin, puis s’approchent et la massacrent au corps à corps ».
Selon les aveux des Francs eux-mêmes (en particulier Eginhard, contemporain de Charlemagne et auteur de sa première biographie) les Vascons attaquent « ceux qui renforçant l’arrière-garde, protégeaient ceux qui les précédaient » et « les tuent jusqu’au dernier ». Selon les Annales Royales, les Vascons « perturbent en un grand tumulte toute l’armée... de nombreux dignitaires que le roi avait placés à la tête de ses troupes, furent tués ».
Dont le fameux Roland de la célèbre « Chanson »... Mais les conséquences politiques de Roncevaux ne sont pas moins importantes, selon Eugène Goyheneche qui explique « un enchaînement des faits qui mène de Roncevaux à la naissance du royaume de Pampelune puis du royaume de Navarre ». Au port de Pasajes (qui faisait autrefois partie de la ville voisine de Fontarabie, place-forte navarraise jusqu’en 1200), une chapelle avec une croix du XVème siècle et un lapidaire apocryphe – mais bien plus ancien – dont l’inscription latine commémore la participation d’habitants de la localité à la bataille de Roncevaux.
Un comité régional « Ibañeta » pour la commémoration du douzième centenaire de la bataille de Roncevaux fut constitué dès 1977 dans le cadre de l’association des « Amis de la Vieille Navarre » (il comprit entre autres entre autres les chanoines Lafitte et Narbaitz, le professeur Haritschelhar et le général Gaudeul). Et le succès de sa pastorale « Santa Grazi » engagea le Père Junes Casenave à composer celle qui allait commémorer l'événement. Dès la nuit du 15 août 1977, une centaine de sommets s'illuminèrent de feux alors qu'un train spécial avec de nombreux officiels monta au sommet de La Rhune sur l'initiative de Paul Dutournier et d'André Luberriaga, maires de Sare et d'Ascain, auxquels se joignirent ceux d'Urrugne et de Vera de Bidassoa qui se partageaient la mythique montagne. La naissance de la pastorale « Ibañeta » à Saint-Palais précéda la journée du 15 août 1978 qui vit les sommets basques s’illuminer à nouveau et une immense foule en pleine montagne suivre la messe célébrée par José Miguel de Barandiaran, suivie de zikiro, chanteurs, bertsularis et pastorale !
La presse titra : « 50.000 basques à Roncevaux avec “Ibañeta” : Charlemagne a perdu pour la seconde fois la bataille ».

 

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